Textes

Pessah ou le rapprochement des cœurs – Mikaël Journo

 

Durant ces fêtes de Pessah, nous avons à cœur d’appliquer le plus méticuleusement possible les lois relatives à cette période, avec un régime alimentaire d’autant plus contraignant qu’il s’ajoute aux restrictions de la cacherout habituelle. 

Nous exauçons à notre époque le vœu de l’Eternel à Moïse, de proscrire le pain levé, d’éliminer toute trace d’aliments fermentés : le Hamets. : « Le levain ne devra pas se trouver dans vos maisons pendant 7 jours « , est-il écrit dans le livre de l’Exode, chapitre 12, verset 19.

Ainsi advient Pessah, dont la semaine représente le cycle des sept jours de la création, un cycle durant lequel nous devons lutter contre le hamets et tout ce qui pourrait nous empêcher d’apercevoir la vérité – cette lumière divine qui parfois est voilée. 

Cette lumière nous est en partie restituée lors du Seder, cette soirée pascale interactive qui est une soirée de transmission et d’échange. La nuit pascale permet de restituer et de réhabiliter la relation entre les parents et les enfants, entre les générations, entre les êtres. Nous rêvons que cette soirée soit un temps illimité de lumière, un éclat que nous pourrions partager en famille pour qu’elle éclaire le monde. C’est un retour sur la réceptivité de la parole d’autrui, à l’enseignement, à la libération de nos cœurs. 

Pessah nous invite au judaïsme du cœur : à rester réceptif, à écouter, à créer un temps différent.

Rabbi Haïm Luzzatto nous explique que notre dispositivité dépend de nous, de notre disponibilité à réduire l’opacité « de notre fenêtre intérieure ». 

Lorsque nous invoquons D.ieu dans la prière, nous lui demandons souvent de nous aider à purifier notre cœur. En somme, nous lui demandons de chasser l’obscurité intérieure, pour permettre précisément le rapprochement des êtres. 

Le Hamets que nous devons éliminer et rejeter, représente ce qui nous empêche d’accéder à D.ieu et à un judaïsme du cœur, ce qui permet de faire jaillir la rédemption et la lumière.

 


L’intention derrière l’action – Mikaël Journo

 

Cette semaine, la paracha Vayikra ouvre le livre de Lévitique : celui-ci porte sur les lois sacrificielles qui seront de rigueur dans le Sanctuaire, un chapitre où il est question d’offrandes, d’abattage rituel et plus largement de la façon dont les règnes animal, végétal et minéral sont mis au service du créateur pour expier les fautes des hommes.

Si l’idée même de sacrifice animal peut être sujette à controverse, y compris chez les rabbins, il n’en reste pas moins que les règles de préparation de l’acte sont très strictes et encadrées, et élèvent l’événement à un niveau symbolique. C’est dans une telle disposition d’esprit que l’on peut arriver à assimiler la substance des commandements divins : en maîtrisant ses passions, pour faire place à la volonté divine en nous. Outre l’offrande en tant que telle, c’est l’élément intentionnel qui compte et qui est la condition essentielle de sa validité : l’homme doit ressentir pleinement ses aspirations spirituelles lorsqu’il accomplit un tel acte, c’est-à-dire se détacher du matériel.
Ce n’est pas par hasard si le nom d’« Adam » est utilisé dès le début du livre de Lévitique, alors que le nom de D.ieu n’apparait que plus tard : comme si l’homme devait recalculer sa place dans le temps et l’espace, se redéfinir dans son rapport à lui-même et au monde avant d’accomplir un sacrifice et de se rapprocher du créateur. Toute cette philosophie est sous-tendue dans cet épisode biblique qui illustre la façon dont Moïse se positionne: il ne se questionne pas sur ce qu’il faut apporter pour amorcer le rituel des offrandes, c’est-à-dire sur les questions matérielles d’intendance
il s’interroge sur sa légitimité. Moïse attend d’être invité par D.ieu pour pouvoir franchir le seuil du Tabernacle et se questionne sur le rituel. Nous sommes au cœur de l’aspiration de l’humanité : l’importance de l’intention derrière l’action.

 


L’intelligence du coeur – Mikaël Journo

 

Au sujet des Bnei Israël, le rabbin et commentateur Nahmanide note l’utilisation de cette phrase : « Ils sont tous venus, portés par leur cœur ». A cette époque, aucun des hébreux n’était formé aux métiers de tisserand ou d’architecte, aucun ne connaissait les techniques de construction nécessaires à la construction du Tabernacle. Ils n’avaient connu que la misère et la souffrance lors de l’esclavage en Egypte et pourtant, ils se sont révélés être des grands bâtisseurs et même des artistes.

Nahmanide explique que par ces mots, il est question de mettre en valeur l’élan du cœur des enfants d’Israël, qui ont immédiatement répondu à l’appel de Moïse pour collecter les fonds et les matériaux nobles. Ils étaient portés par l’élan collectif de réaliser la maison de D.ieu, cette tente qui abritait l’Arche d’alliance.

Les Bnei Israël étaient mus par un désir commun de construire un lieu dans lequel on inviterait la providence divine et se sont montrés capables de combiner la connaissance aux sentiments, d’unifier la sagesse et le cœur. C’est le rassemblement de toutes les énergies qui a permis de faire naître des ressources insoupçonnées.

Sur cette question précisément, je ne peux m’empêcher de dresser un parallèle avec le monde moderne et de penser à tous ceux qui, il n’y a pas si longtemps, revenaient du pire et qui ont su tout reconstruire : les rescapés et survivants des camps d’extermination. Les nazis leur ont arraché leurs famille, la légèreté de leur adolescence et ils auraient pu en vouloir au monde entier.

Au lieu de cela, ils se sont attelés à reconstruire des foyers et des enfants, sans désir de vengeance : ils se sont révélés être des bâtisseurs et constructeurs.

Après le pire, ils ont fait preuve de cette même intelligence du cœur, cette même force de vie que l’on retrouve dans cette fin du livre de l’exode.

 


Le livre de l’exode – Michaël Azoulay

 

Parachat Chemot

 

Cette Paracha, qui donne son nom à l’ensemble du livre de l’Exode, s’ouvre sur le rappel des noms des fils de Jacob.

Le rabbin Moïse Sofer (Screiber), appelé ‘Hatam Sofer (1762-1839), relève la tripartition des noms (Ruben, Siméon, Lévi et Juda, fils de Léa, au verset 2 ; Issachar, Zabulon et Benjamin, au verset 3 ; Dan, Nephtali, Gad et Aser, fils des servantes, Zilpa et Bilha, au verset 4). Le verset central (à savoir le verset 3) citant Issachar, fondateur de la tribu d’Israël vouant sa vie à l’étude de la Torah, Zabulon, tribu des commerçants maritimes, soutenant matériellement Issachar, et Benjamin, dont le territoire en terre promise comprendra le lieu du Temple de Jérusalem, y voit une allusion à la centralité de l’étude de la Torah et du Temple réceptacle de la Présence divine dans le peuple d’Israël.

Le ‘Hatam Sofer ajoute au nom de l’un de ses disciples, dans le prolongement de son premier commentaire, qu’Issachar correspond à la Torah (étude et pratiques juives), Zabulon à la Guémilout ‘hassadim (actes altruistes), et Benjamin à la ‘Avoda (le Service au Temple). Les trois principes sur lesquels « le monde tient », pour reprendre le célèbre apophtegme des Pirké Avot (« Chapitres des Pères ou des Principes »).

Trois manières d’être juif, exprimées par ces trois tribus, pour reprendre une idée d’un disciple du Baal Chem Tov, le Toldot Yaakov Yossef, qui voit dans les douze tribus, douze aspects différents de l’être juif.

 

Parachat Vaéra

 

 « L’Eternel dit à Moïse : «… je laisserai s’endurcir son cœur, et il ne renverra point le peuple. » (Exode, 4, 21).

« Pour moi, j’endurcirai le cœur de Pharaon, et je multiplierai mes signes et mes preuves de puissance dans le pays d’Egypte. » (Exode, 7, 3).

Cette coercition divine soulève une grande interrogation sur les plans théologique et philosophique car heurtant le libre arbitre et son corolaire, la responsabilité, auxquels la tradition juive est très attachée.

Les théologiens et philosophes du Moyen-Age Saadia Gaon, Juda Hallévi, Albo, Maïmonide, notamment, ont proposé différentes solutions.

Je citerai ici deux d’entre elles.

Selon Maïmonide (1138-1204), lorsque la perversité d’un homme atteint aux yeux de Dieu son paroxysme – en l’occurrence l’obstination du Pharaon à ne pas laisser partir le peuple hébreu – Dieu lui ferme alors la voie du repentir. Le retrait du libre arbitre serait donc une punition divine destinée à châtier le coupable récidiviste.

La seconde explication est proposée par Nehama Leibowitz (1905-1997).

Ce n’est pas Dieu qui prive l’homme de sa liberté mais l’homme lui-même qui s’enchaîne par sa conduite répétitive. Le Talmud exprime cette idée en affirmant que la commission répétée d’une transgression nous désensibilise à son caractère transgressif au point de ne plus y voir un comportement illicite.

Cette explication pêche par une certaine liberté prise avec le texte qui fait de Dieu et non de l’homme l’acteur de l’endurcissement du cœur, mais elle nous met en garde contre les habitudes qui, insidieusement, restreignent notre liberté et endorment notre conscience.

Le phénomène de l’addiction l’illustre parfaitement. Le sujet qui se livre à son addiction a une conscience aigue des abus et de la perte de sa liberté d’action, mais il ne peut plus s’y soustraire. Il n’est donc plus réellement libre et donc condamnable. Toutefois, sa responsabilité est peut être à rechercher du côté du choix premier de la conduite à l’origine de sa dépendance. Lorsque le sujet pouvait encore exercer sa liberté de cesser cette conduite à risque, dont il n’a peut être pas présumé du caractère addictologique.

 

Parachat Bo

 

Le rapprochement de deux commentaires du rabbin Elie Munk, de mémoire bénie, portant, respectivement, sur les versets 22 (du chapitre 10 de l’Exode) et 38 (du chapitre 12 de l’Exode), peut nous donner à penser de ce qui fait l’être juif.

Le verset 22 évoque la plaie des ténèbres, l’avant dernière plaie frappant les égyptiens, mais, également, cette fois ci, les hébreux qui ne voulaient pas quitter l’Egypte, selon un midrach cité par Rachi. Tués par Dieu (on ne nous dit pas comment) durant les trois jours d’obscurité, les égyptiens ne les virent pas périr, et ne purent donc prétendre que les hébreux étaient frappés comme eux.

Plus loin (au verset 18 du chapitre 13, début de la Parachat Béchalla’h), Rachi cite un autre midrach estimant à quatre cinquièmes des hébreux le nombre de ceux qui moururent durant cette plaie. Le verset 37 du chapitre 12 avançant le chiffre de 600.000 hommes quittant l’Egypte, 2.400.000 personnes auraient donc succombé durant ces ténèbres.

Au verset 38 susmentionné, il est dit qu’ « un mélange nombreux » s’agrèga aux hébreux. Rachi explique qu’il s’agissait de prosélytes (égyptiens, mais aussi prisonniers de guerre, notamment, selon Philon d’Alexandrie). Le Targoum Yonathan indique le nombre de 2.400.000, soit un nombre équivalent aux hébreux punis par l’Eternel…

Il fut donc une époque, un moment décisif dans l’histoire, où le salut fut réservé aux « juifs d ‘adhésion », tandis que les juifs par atavisme, ne l’assumant plus, ne furent plus considérés par le Très Haut, comme juifs, faute de vouloir l’être. Ce commentaire a finalement le mérite de mettre en exergue une dialectique toujours vivace, entre être juif et devenir juif, une tension où se joue, en permanence, l’avenir du peuple juif.

 

Parachat Yitro

 

Pourquoi Dieu a-t-il donné deux tables de la loi à Moïse, contenant chacune cinq des dix commandements, plutôt que de lui remettre une seule table plus longue, qui comporterait les dix commandements ?

La réponse la plus connue consiste à dire que les cinq premiers commandements concernent les relations entre l’homme et Dieu, tandis que les cinq derniers régissent les relations entre l’homme et son prochain.

Plusieurs commentateurs, dont l’auteur du Zohar, proposent une autre réponse : il y aurait un rapport entre chacun des commandements de chaque table, selon l’ordre de leur emplacement.
Ainsi, le 1er commandement serait lié au 6ème, le second au 7ème, le 3ème au 8ème, le 4ème au 9ème, et le 5ème au 10ème.

Démonstration :

« Je suis l’Eternel ton Dieu… » (1) / « Tu ne tueras pas » (6).

Dieu ayant créé l’être humain « à son image » (selon le récit de la création du monde, dans la Genèse), assassiner un être humain c’est ne pas croire en l’existence de Dieu.

« Tu n’auras pas d’autres dieux… » (2)/ « Tu ne commettras pas d’adultère » (7).

Adorer d’autres dieux que le Dieu unique c’est comme être infidèle à son épouse unique.

« Tu ne prononceras pas en vain le nom de l’Eternel ton Dieu… » (3)/ « Tu ne voleras pas » (8).

Le voleur attrapé peut être amené à jurer en invoquant le nom de Dieu qu’il est innocent, prononçant de ce fait le nom de l’Eternel en vain, car il ment.

« Souviens toi du jour du chabbat…car en six jours l’Eternel a fait les cieux, la terre et la mer…mais il s’est reposé au septième jour » (4)/ « Tu ne porteras pas de faux témoignage contre ton prochain » (9).

Respecter le chabbat c’est témoigner que nous croyons en un Dieu créateur du monde. Donc, transgresser ce jour sacré, c’est comme porter un faux témoignage contre Dieu, en  doutant que le monde ait un créateur.

« Honore ton père et ta mère » (5)/ « Tu ne convoiteras pas… » (10).

Nous devons à nos parents de nous avoir mis au monde. Nous devons donc leur dire merci. Ne pas les respecter c’est faire preuve d’ingratitude. Or, c’est justement le fait d’être insatisfait de ce que l’on a, qui est à l’origine de la convoitise, c’est-à-dire, du désir de posséder ce qui appartient à autrui. Dieu donnant à chacun ce qui lui revient, convoiter ce que Dieu ne m’a pas donné, revient à se montrer ingrat.

 

Parachat Tetsavé

 

Cette Paracha traite essentiellement des vêtements des prêtres, contribuant ainsi à une réflexion sur le fait de se vêtir caractéristique propre à l’humain. A une époque où les scientifiques font vaciller nos certitudes sur les frontières entre l’homme et l’animal, cette différence persiste. La nudité et son antonyme, l’habillement, sont des sujets récurrents dans la Torah. Petite rétrospective. A l’origine du monde, dans le récit de la Genèse, la nudité de l’être humain – avant qu’il n’ait consommé du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal – traduit son élévation. Le tabou et le fantasme n’existaient pas encore. Et le besoin ressenti de cacher sa nudité reflètera la régression résultant de la transgression.

Il sera à nouveau question de dénudement avec Noé qui s’enivre après le déluge. L’habit sacerdotal est un uniforme. Au sens « couturier », c’est-à-dire un vêtement semblable porté par tous les membres d’un même groupe. Les vêtements expriment toujours une appartenance à un groupe, à une société et à une époque. En monde juif, ceux que l’on appelle les « hommes en noir » ou les hassidim avec leurs codes vestimentaires, en sont une belle illustration. Le Maharal de Prague explique que si l’homme a fait acte de culture avec le vêtement en se différenciant de la nature animale, le juif a encore ajouté un « acte de culte » avec un vêtement à caractère religieux, à savoir celui que l’on porte sur soi (le châle de prière, talith gadol) ou sous ses habits (le talit katan). Vous noterez que la dimension d’appartenance s’y retrouve, puisque le talith et ses franges ont pour finalité de nous remémorer en permanence notre sujétion à l’Eternel, mais, surtout, ils enseignent que pour la tradition juive, l’homme se définit dans et par son rapport à la loi (« vous le verrez et vous vous souviendrez de tous les commandements de l’Eternel » (Nombres, 15, 39). Ainsi, le talith serait le vêtement des prêtres que nous sommes tous, ayant été qualifiés de mamlekhet cohanim (Exode, 19, 6), « dynastie de pontifes », au pied du mont Sinaï avant la promulgation de la Loi.

 

Parachat Ki Tissa

 

La faute du veau d’or dont il est question cette semaine a beaucoup contribué à desservir l’image du peuple d’Israël. De nombreux théologiens y ont trouvé un motif pour vilipender le « peuple à la nuque roide » et prétendre à sa déchéance.

Il est vrai que l’idée même qu’un peuple qui a assisté à tant de miracles et qui, au pied du mont Sinaï, lieu de la promulgation des  Dix Paroles parmi lesquelles celles concernant la prohibition de l’idolâtrie, puisse se laisser tenter par elle a de quoi indigner.

Dans un livre considéré comme un « classique » des pensées juives, Le Kuzari, son auteur, l’un des plus grands poètes de l’Age d’or, Juda Hallévi (vers 1075-1141) prête au roi des Khazars des mots très durs à l’endroit du rabbin avec lequel il dialogue sur ces « Israélites qui ont pris un veau pour divinité et l’ont adoré à la place de Dieu. » (Juda Hallévi, Le Kuzari. Apologie de la religion méprisée, traduit et annoté par Charles Touati, Lagrasse, Verdier, 2001, p. 25).

Quelle réponse apporte le rabbin à son interlocuteur ?

Après un long développement historico-métaphysique sur l’élection d’Israël suivi de la question à nouveau posée par le roi Khazar de savoir ce qui « subsiste de cette grandeur après le péché du veau d’or » (p. 28), le rabbin construit la défense de son peuple en minorant la portée de ce péché (argumentation que l’on retrouve chez certains de nos exégètes, en particulier chez Nahmanide) :

Ce péché ne fut commis que par « une partie de cette masse considérable » du peuple. L’interlocuteur du roi Khazar cite le chiffre de trois mille hommes sur six cent mille (3000 correspondant au nombre des idolâtres tués par les lévites à la demande de Moïse. Cf. Exode, XXXII, 28). Il s’agissait donc d’une partie infime du peuple hébreu. De nombreux commentateurs estiment que les idolâtres étaient essentiellement les égyptiens qui s’étaient joints aux hébreux au moment de l’Exode. De surcroit, le veau d’or était « un objet d’adoration vers lequel se tourner comme les autres nations (le rabbin invoque également un argument contextuel, à savoir le fait qu’à cette époque toutes les nations fabriquaient des idoles) sans pour autant renier l’autorité du Dieu qui les avait fait sortir d’Egypte. » Rappelons que le peuple israélite était désemparé voyant que Moïse tardait à revenir du mont Sinaï avec les Tables de la Loi. Le veau d’or était censé remplacer Moïse mais en aucune manière Dieu selon plusieurs exégètes.

Georges Steiner, dans son ouvrage Dans le château de Barbe-Bleue : notes pour une redéfinition de la culture prolongera cette réflexion en soulignant la révolution que constituait une divinité irreprésentable introduite par les hébreux et qui fut selon lui l’une des causes de la haine inextinguible des peuples à l’endroit des juifs. Après l’invention du culte monothéiste écrit-il, les hébreux posèrent une seconde exigence trop élevée pour une humanité incapable de se passer d’images pour adorer ses dieux.

Le veau d’or renvoie en définitive à la tragédie d’un peuple haï pour ses idées trop exigeantes lorsqu’il échoue lui-même à les incarner.

 

Parachat Pekoudé

 

Rabbi ‘Haïm ben Attar commentant le verset 32 du chapitre 39 de l’Exode (Parachat Peqoudé) relève qu’il y est dit que «… les enfants d’Israël l’avaient exécuté (la réalisation du tabernacle)… ». Pourtant, il est également indiqué que seul Beçalel secondé par des « gens de talent » (littéralement « sages du cœur ») l’aurait édifié.

Après avoir rappelé le principe du mandat qui, en droit hébraïque, implique que le mandant agit à travers l’action du mandataire (c’est donc l’ensemble du peuple d’Israël qui bâtissait le tabernacle par l’entremise de Beçalel et de ses artisans), l’auteur du Or ha-‘haïm tire de ce verset la preuve que bien que nous soyons dans l’incapacité d’accomplir tous les 613 commandements, nous le faisons par association avec les autres. En effet, le cohen, le lévi, celui qui n’est ni lévi ni cohen, les hommes, les femmes ont certes des commandements en commun mais également certaines prescriptions spécifiques. Comment, dès lors, un individu peut-il prétendre à l’accomplissement de tous les commandements ? C’est la solidarité entre tous les membres du peuple israélite qui, in fine, leur permet d’y parvenir. Celles et ceux, majoritaires, qui ont offert les matériaux nécessaires à la construction du temple du désert ont permis aux artisans et aux tisserands de réaliser le temple, les objets sacrés et les vêtements sacerdotaux. Ils ont donc tous agi de concert. L’Eternel considère qu’il s’agit d’une œuvre collective à laquelle tous et toutes ont pris part.

Belle réflexion sur la mise en commun des forces et des talents à une époque où, dans nos sociétés occidentales individualistes, le sens du collectif se délite.

 


La foi et la raison, sont-elles compatibles ? – Mikael Journo

 

La Paracha de cette semaine, Michpatim, contient le verset « Naassé Vénishma », qui a fait couler beaucoup d’encre et que l’on traduit par « Nous ferons et nous comprendrons ». Des paroles prononcées par les enfants d’Israël avant de recevoir la Thora, qui posent l’épineuse question du lien entre foi et raison. 

Doit-on renoncer à la compréhension des commandements divins pour les respecter ? D.Ieu, nous demande-t-il de faire l’économie du sens pour accéder à la foi ? Où la Thora veut-elle en venir ?

En fait, cet enseignement est profond et fondamental : il nous dit quelque chose de la spécificité de l’âme juive.

Si les enfants d’Israël affirment qu’ils sont disposés à faire avant de comprendre, c’est parce qu’ils ont intégré le fait que l’action entraînait la compréhension et que la émouna, la confiance qu’ils ont en Hachem, nécessitait efforts et humilité.

En somme, les enfants d’Israël acceptent que certains commandements soient dictés par une raison infiniment supérieure à la leur et que tenter de chercher un sens est louable, mais que vouloir tout comprendre instantanément est un péché d’orgueil.

Reconnaître notre finitude face à l’éternité de la loi, c’est reconnaître son origine divine, sans nier le fait que nous avons tous à l’intérieur de nous, une étincelle divine qui brille, puisque nous avons été créés à l’image de Dieu.

Cette foi est héritée de nos ancêtres, elle continuera de nous habiter et de nous guider au nom de nos parents, de nos grands-parents, de nos ancêtres. Concrètement, cela signifie que nous acceptons de suivre Hachem non pas aveuglément, mais en commençant par fermer les yeux.

 


La paracha Yitro – Mikael Journo

La Paracha de cette semaine, Yitro,​ souligne l’importance de la pluralité des pensées. Lorsque les Hébreux sortent d’Egypte et qu’ils errent durant de longs mois dans le désert, ils portent en eux les séquelles du passé, mais aussi les stigmates​ claniques, tribales, encouragées pendant des siècles par Pharaon.

Les enfants d’Israël sont capables d’être à l’écoute les uns des autres, de tendre l’oreille aux autres expressions même celles qu’ils peuvent juger blessantes, et c’est ainsi qu’ils arrivent ensemble devant le mont Sinaï pour recevoir le Décalogue.

Les commentaires insistent sur le fait de ne pas tenter de gommer ces différences, de ne pas tenter d’inventer une unité de façade, mais au contraire, de fixer le cadre de l’opinion et de la pensée différentes dans le respect des uns et des autres. Le peuple d’Israël est capable de promouvoir l’art de la différence qui permet de trouver progressivement un consensus pour se rassembler.

Il n’existe pas de baguette magique qui permet de créer un monde unifié et ce n’est pas souhaitable. C’est cela, aussi, la beauté du Judaïsme : le rassemblement passe par la prise en compte des différences.

 


Cette année Simhat Torah : « Réjouissez-vous avec (retenue) tremblements » – Mikael Journo

La célébration de Simhat Torah s’inscrit dans un moment de clôture, celui de la lecture annuelle de la Torah. Cette fête célèbre aussi le recommencement d’un nouveau cycle. Entre la fin et le début il n’y a pas de rupture mais une continuité : une fidélité.

Ce recommencement n’est pas qu’une répétition c’est aussi l’occasion d’un renouvellement, d’enrichir et d’approfondir notre lien avec la Torah. L’occasion de mieux comprendre et d’agir mieux en conformité avec nos valeurs. Cette célébration de la Torah s’inscrit dans la joie.

Mais en cette période incertaine où la pandémie règne sur notre quotidien, où les rapports sociaux et humains sont bouleversés, où pour nous protéger il faut s’éloigner physiquement les uns des autres et prendre des mesures pour ne pas se contaminer.

Dans ce temps étrange où la présence dans nos synagogues est contingentée et dépend du nombre d’inscrits pour éviter la contamination, il nous faut continuer à espérer et vivre autrement cette célébration de la Torah.

Nos Maitres du Talmud (Berahote30 B) nous avaient déjà préparé : »Réjouissez-vous avec tremblements ». (Psa.2,11).

Nous prenons tous conscience un jour, que la vie réserve de la tristesse et de la souffrance. Tant que l’on n’y est pas confronté, cela peut bien sûr inquiéter, angoisser mais cela reste un sentiment abstrait. Lorsque l’événement dramatique survient, rien ne nous a préparé à l’affronter. C’est le moment où se révèle notre capacité à accepter la vie avec ses épreuves mais aussi à trouver dans l’existence des raisons de vivre dans l’harmonie avec D.ieu, le monde et soi-même.

Celui qui reste enfermé dans la pénombre de la tristesse et du pessimisme ne peut que souffrir, il se ferme les portes de ce qui pourrait l’apaiser et lui apporter une espérance. Comment la crainte de D.ieu peut-elle être associée à la joie, ne sont-ils pas des sentiments contradictoires ?

L’hébreu biblique propose plus de dix synonymes pour exprimer la joie, car celle-ci est un élément pivot de la vie juive. La joie est la condition essentielle de l’observance du Chabbat, selon la lettre même de la Torah (Isaïe 58,13). La fête de Soukot nous invite à la joie :  » Tu te réjouiras pendant la fête  » (Deut.16).

Pour la prière, le psalmiste (100,2) ne s’exprime-t-il pas ainsi :  » Servir Dieu dans la joie et se présenter à lui avec des chants d’allégresse  » ?

Le Talmud, plus explicite affirme que la présence divine ne réside pas où règne la tristesse, mais auprès de ceux qui  » accomplissent les Mitsvot dans la joie  » (Chabbat 3b).

C’est la  » Simha chél Mitsva  » : la joie que procure l’accomplissement de la Mitsva. Le Baal Shem Tov disait que  » le seul fait de vivre dans la joie constitue l’accomplissement de la volonté divine ».

 

Même si l’on fait référence à Job dont l’histoire traduit la souffrance indicible, ne peut-on dire que malgré la succession de malheurs qui l’accablent, il y a chez lui une volonté farouche d’accepter son sort en plaçant sa confiance en D.ieu ?

 

Cette démarche évoque un thème de la psychologie moderne avec la pensée de Boris Cyrulnik sur la résilience. Sur la capacité de l’individu à surmonter des traumatismes et à se reconstruire.

Le peuple juif a vécu de nombreuses tragédies. Mais malgré la haine, l’adversité et l’horreur, il ne s’est jamais laissé aller au désespoir. Sa survie passait par la farouche détermination à surmonter les obstacles les plus terrifiants pour vivre et transmettre à nouveau un message d’espérance. Notre lien avec Dieu doit se traduire par la plénitude de la joie au long de l’existence. Une joie qui peut se traduire de manières différentes.

Dans l’étude de la Torah mais aussi dans la contemplation de la nature, l’écoute d’une musique qui illumine notre intériorité, dans le regard d’un enfant et dans une multitude de faits qui, même s’ils sont éphémères, remplissent notre cœur d’émerveillement et de gratitude. Le sentiment de joie touche l’être dans toutes ses dimensions. La joie, cependant, n’a de sens que si elle permet d’être en symbiose avec soi-même et avec les autres. Elle est aussi un acte de générosité.

Vivre sans joie empêche un être de s’épanouir comme l’affirmait le Baal Chem Tov, « sans la joie, la crainte de Dieu n’est que mélancolie ». Alors malgré les vicissitudes de cette période mouvante où un virus capricieux et dangereux nous empêche de vivre normalement comme on le souhaiterait il faut garder en nous la force de croire en D.ieu et d’espérer en l’Homme.

 

 


L’eau et le saule : L’humilité, source de joie et de fraternité – Moshé Sebbag

J’aimerais parler de la fête de Souccot, dont la traduction en hébreu est « cabanes ». Le texte du Lévitique exprime ainsi ce commandement : « L’Éternel parla à Moïse… Parle ainsi aux enfants d’Israël : Le quinzième jour de septième mois aura lieu la fête de Souccot… Vous demeurez dans les souccot durant sept jours afin que vos générations sachent que j’ai fait demeurer les enfants d’Israël dans des cabanes quand je les ai fait sortir du pays d’Egypte ».

 

La fête de Souccot est également définie par la Torah comme une célébration joyeuse, « le temps de notre réjouissance » (Dt. XV, 14-15). Autrefois, la joie de Souccot était rehaussée par la fête du puisage de l’eau, Simhat Beit ha Choéva. La liesse et les réjouissances accompagnaient la cérémonie des libations d’eau qui étaient versées sur l’autel pendant les prières pour la pluie. C’est en effet à Souccot que l’on récite la prière pour la pluie, car d’après le Talmud, « le monde est jugé, pour l’eau » (RH 1,2). Pendant la fête de Souccot la Torah nous ordonne de prendre quatre espèces de plantes que l’on agite à différents moments de la liturgie. L’Etrog (le cédrat), le Loulav (la branche de palmier), les Hadassim (les trois branches de myrte), et les Aravot (les deux branches de saule). Ces quatre espèces, disposées en bouquet, symbolisent le peuple juif.

 

Le cédrat est savoureux et parfumé, de même dans le peuple juif des Hommes connaissent la Torah et sont vertueux. La branche de palmier porte des dattes, fruit délicieux mais sans parfum, de même dans le peuple juif des Hommes connaissent la Torah mais ne sont pas vertueux. Le myrte est parfumé mais n’a pas de goût, de même dans le peuple juif des Hommes sont vertueux mais ignorants de la Torah. Quant au saule qui ne possède ni parfum ni saveur, il symbolise ceux dans le peuple juif qui ne réalisent pas de bonnes actions et ne connaissent pas la Torah.

 

Face à cette diversité du peuple juif, que fait D. ? « Ils se réuniront tous en un seul bouquet et ils expieront les uns pour les autres. Et si vous faites ainsi, j’en serai élevé…, à partir de quand il en sera élevé ? Quand ils seront tous réunis » (Amos.9,6).

 

Le septième jour, le summum de la fête de Souccot, est Hochaana Rabba, (d’après la Kabbale le verdict de yom Kippour est alors scellé). Ce septième jour, nous prenons seulement les Aravot, les deux branches de saule, qui n’ont ni saveur ni parfum, mais qui ont la particularité de pousser précisément au bord de l’eau. Il est écrit dans le Traité Soucca 45a qu’au Temple de Jérusalem, de grandes branches de saule étaient coupées pour être placées autour de l’autel. Les Cohanim sonnaient le Chofar et chaque jour les fidèles faisaient le tour de l’autel une fois. Le jour de Hochaana Rabba, sept tours étaient effectués. Ce passage vient nous enseigner que nous avons le devoir d’accorder une plus grande importance aux « Aravot » qu’à toutes les autres espèces de plantes réunis pour Souccot.

 

Pourquoi le saule est-il mis en valeur à Souccot ?

 

Avant de répondre, j’aimerais préciser que l’eau, la pluie et les végétaux sont au centre de Souccot. Quel est leur lien avec les réjouissances ordonnées par la Torah pendant Souccot ?

 

L’eau est au cœur des traditions des réjouissances de Souccot. Or l’eau a une particularité : elle est mobile, elle s’écoule : arrivée dans la plaine ou dans la vallée, elle trouve des fissures pour continuer son chemin vers le cœur de la terre. L’eau prend toujours la forme de l’espace qu’elle rencontre.

 

L’eau est le symbole de l’humilité et de la sagesse dans le judaïsme. La fête de Souccot tourne autour de l’eau et donc autour de l’humilité comme condition de la joie : l’homme humble est heureux de ce qu’il a et de ce qu’il obtient grâce à son dur labeur. Il ne convoite pas ce qu’il n’a pas encore, il ne désire pas ce qui ne lui appartient pas. 

 

A Hochaana Rabba, septième jour de Souccot, des quatre espèces, nous gardons exclusivement les Aravot (le saule sans parfum ni saveur). Cela doit nous rappeler que nous devons nous présenter devant l’Éternel, sans penser que nous possédons d’avantage qu’un autre, que nous sommes mieux qu’un autre, plus croyant qu’un autre, ou que l’on se conduit mieux qu’un autre.

 

C’est l’humilité qui est le point commun entre l’eau et le saule. Cette humilité est la source de joie lorsque nous nous satisfaisons de ce que nous avons. Cette humilité est également propice à la fraternité entre les Hommes, sans hiérarchie ni jugement de valeur.

 


Je me questionne, donc je suis – Mikael Journo

En cette période, je vous propose une réflexion sur la notion du questionnement critique mais constructif. 
Souvent on s’imagine que celui qui croît ne doute pas. C’est évidemment un cliché qui cherche à rassurer mais qui dissimule une réalité bien plus ambiguë.
Pour le judaïsme, l’esprit critique est recherché et enrichissant.
La passion pour l’interrogation est devenue au fil des siècles un ingrédient essentiel de la culture juive.


 

Ainsi le mot sagesse se dit en hébreu « Hokhma » qui peut se lire aussi Koah – Ma, la force du Pourquoi ?
Les lettres hébraïques ayant des valeurs numériques, celle du mot « Adam » qui signifie homme est égal au mot « Ma » qui veut dire, quoi ? Pourquoi ? Ne peut-on pas en déduire que l’homme est une question ?
Le judaïsme n’est pas un dogme qui enferme et fige la pensée.
Il faut fuir la pratique d’un rituel vide de sens où l’on ne pense plus et où l’on n’agit que par routine.
D.ieu n’a pas offert à l’homme un rouleau de la Torah sibyllin. La Torah est, au contraire, une parole vivante, ouverte et féconde.

 

L’étonnement de l’homme est la condition préalable et nécessaire à son accès à la connaissance et au savoir.
C’est une possibilité offerte à l’homme de se confronter au texte de la Torah, de l’étudier et de l’interroger. Nos sages nous enseignent que l’homme est invité à apporter sa touche personnelle, sa pierre à l’édifice, son Hidouch, au cheminement de la pensée juive.
Grâce à cela, la Torah ne demeure pas une lettre morte, un testament, elle est Torat–Haim, une Torah de vie, une tradition source de vitalité.


 

L’originalité de l’étude talmudique consiste à refuser une lecture monolithique et enseigne qu’un texte est indéfini car infini et ouvert à toutes les nouvelles interprétations.
La notion de Mahlokèt, questions, discussions, débats est constitutif du Talmud à tel point que la terminologie talmudique propose plus d’une quarantaine de synonymes pour dire le mot question.
 C’est dans la confrontation d’idées et d’opinions que jaillit la lumière de la vérité.
 Et le rôle du maître n’est pas tant d’apporter des réponses mais d’apprendre à l’élève à savoir poser des questions.
 Ainsi la recherche de la vérité ne s’épuise jamais et l’homme reste élève de la sagesse, un Talmid-hakham.


 

C’est-à-dire que la sagesse demeure toujours un but à atteindre même pour les plus grands sages qui ont l’humilité de toujours vouloir apprendre.
 Le questionnement juif admet les contradictions et la complexité, sources de renouveau et d’enrichissement mais ces dernières s’inscrivent sans aucun lien avec l’idée de rupture, source de séparation et finalement d’échec. Cette démarche s’inscrit dans un esprit de continuité qui relie toutes les idées les unes aux autres en vue de s’approcher de la parole de D.ieu et d’agir pour le bien.

 


La Téchouva – Haïm Torjman

Roch Hachana, notre nouvel An, se fait sans réveillon et sans cotillon, sans cépage et sans champagne : c’est un moment réservé à la prière et à la méditation.

Cependant, sommes-nous conscients de l’importance de ce jour ?

Savons-nous quel est l’enjeu de cette solennité ? Aujourd’hui, D.ieu va juger toutes les créatures de l’univers. Mais le Créateur avait-il besoin de fixer un jour particulier pour ce jugement ?

Nos sages disent : ‘’ Un œil regarde, une oreille écoute et toutes les actions sont inscrites dans un livre’’. Rien, non, rien n’échappe au Très Haut. De plus, ce jugement, serait-il celui qui se tient dans l’hémicycle d’un Palais de Justice ?

A-t-Il besoin d’écouter les plaignants, les intéressés de la partie civile, les témoins retenus pour l’audience afin de prononcer son verdict ?

En réalité, ce jour est un appel à l’introspection, à l’examen de conscience de tout un chacun afin de nous remettre en question !

Dans notre calendrier, les fêtes brillent comme des pierres précieuses, chaque pierre avec sa couleur, chaque fête avec son éclat spécifique ! Le point commun de chaque évènement est d’élever l’homme au-dessus du courant tumultueux de la vie.

La diversité des fêtes vient renforcer l’homme afin qu’il ne s’oublie pas dans la grisaille du temps, la course effrénée de son existence. Tout au long de l’année, nous avons été envahis par un certain nombre de tourments, de difficultés, d’inclinations. Nous avons commis un certain nombre d’erreurs, de fautes. Nous n’avons pas eu le temps, ou la volonté d’analyser, de faire le bilan de ces égarements.

En effet, tout pécheur est en délit de fuite. De qui fuit-il ? De lui-même ? Quiconque faute, le remord l’envahit, sa conscience est heurtée. Alors, que fait-il ? Il court dans le domaine public, vers un lieu où le tumulte, l’effervescence de la vie font taire le léger murmure de son âme blessée ! Le pécheur a peur de se retrouver avec lui-même et de réfléchir à sa situation.

Il court après de nouvelles impressions et sensations quotidiennes afin de ne pas rester un seul instant avec sa conscience intérieure. Plus l’homme s’éloigne de lui-même, plus il éprouve une certaine répulsion pour sa personne et plus il est aliéné (étranger à lui-même) : une faute en entraîne une autre…

Plus ses erreurs se multiplient et plus la peur de se retrouver face à lui-même ira grandissante. Il ne lui reste qu’une seule possibilité, tout au moins lui semble-t-il : c’est d’être emporté par le flot de la vie et de ses délectations !

Comme cet ivrogne qui appréhende de constater l’amère réalité dans laquelle il se trouve et a besoin de morphine pour connaître un peu de bonheur dans sa fiction. Ne sait-il pas que ce bonheur est mensonger !? Malgré tout, il préfère ses fantasmes à la réalité profonde dans laquelle il se trouve sans aucune goutte de réconfort, de consolation.

Le fauteur, prisonnier dans le piège que lui a tendu le Yetser Hara, préfère boire le verre des délices de ce monde ci jusqu’à la lie afin de s’enivrer, de s’oublier et de s’affranchir ainsi de ce dialogue, peu agréable à ses yeux, avec la partie divine de son âme que l’Eternel a insufflé en lui.

La Téchouva, la Pénitence, c’est avant tout s’arrêter et retrouver le point où l’on a commencé à fuir ! Revenir du domaine public, des futilités de ce monde vers le domaine privé de son âme.

Nous pourrons, alors, nous retrouver et ceci nous permettra de nous dégager de notre ivresse et de notre cécité. De-là, le concept de la Téchouva, du Repentir. Il ne s’agit pas seulement, de regretter ou de prendre des engagements ou encore des résolutions, il faut aussi et surtout faire Téchouva, faire un retour.

Il est dit : ‘’Tu reviendras jusqu’à l’Eternel ton D.ieu’’, c’est-à-dire qu’il faut revenir vers D.ieu qui est en toi, avoir une oreille attentive à la voix de ta conscience, alors tu trouveras les potentialités de la partie divine qui est en toi : ne pas écouter les voix extérieures mais la voix intérieure.

Pour arrêter un juif qui fuit, qui court de toutes ses forces, la Torah a placé des signalisations : Stop, Danger, Ne pas dépasser…

Chauffeur, la vie des hommes est entre tes mains !

 

Il existe 4 temps privilégiés :

Comme l’enseigne le Prophète AMOS (réf 3,8) :

 

Le lion a rugi qui n’aurait pas peur ?              אריה שאג מי לא יירא 

LION        = א               ר              י              ה

                    /                 /                  \                   \

    אלול      ראש השנה        יום כפור       הושענה רבה                   

Hochaana Raba     Yom Kippour    Roch Hachana     Elloul

 

Ces 4 temps sont des signalisations pour informer et interpeller un juif afin d’arrêter sa course effrénée et sache quel virage de la vie il doit emprunter !

En guise de conclusion, nous souhaitons partager avec vous cette petite anecdote :

Un homme vient voir son maître et lui demande :

–  Rabbi, je désire me repentir mais je ne sais pas comment m’y prendre ! 

– Pour pêcher, tu savais comment faire

– C’est facile, je fautais d’abord, je savais ensuite…

– Parfait, fais la même chose maintenant. Commence par te repentir, tu sauras ensuite… En effet la Téchouva ouvre toutes les portes.

 

Que l’Eternel nous ouvre les portes de la Téchouva, de la Paix, de la Subsistance, de la Santé, de la Joie et du Bonheur et que cette année soit le tremplin d’une vie au voisinage de l’Eternel. Amen.