CÉRÉMONIE DU SOUVENIR À LA MÉMOIRE DES DÉPORTÉS ET DES VICTIMES DE LA SHOAH


« Les Justes – hommage aux Justes parmi les nations en France »

Cérémonie en la memoire des Déportés et des victimes de la Shoah dimanche 18 septembre 2022 Synagogue de la Victoire
(c) Alain Azria

Fidèle à sa tradition consistoriale, la Grande synagogue de Paris a organisé, le 18 septembre 2022, la cérémonie religieuse du Souvenir. Elle a ainsi commémoré le 80ème anniversaire des grandes rafles de 1942, qui ont accéléré l’extermination de plus de 76.000 juifs de France par les nazis.

Instituée par le Rabbinat français depuis septembre 1946, cette cérémonie officielle permet aux familles endeuillées de réciter le Kaddish pour leurs disparus. Elle a lieu le dimanche qui précède Roch Hachana, premier jour des Selichot ashkénazes (supplications).

« Les Justes de France », était le thème de la cérémonie 2022, en hommage à toutes celles et ceux qui, au péril de leur vie ont permis de sauver les trois-quarts de la communauté juive française des griffes des nazis et de leurs suppôts de Vichy.

Avec France Télévisions nous traitons, chaque année, d’un thème fort. En 2020, la mémoire des enfants martyrisés fut illustrée par la lecture de plusieurs lettres bouleversantes adressées par des enfants  à leurs proches. En 2021 ce sont les mémoires des femmes déportées qui ont été honorées.

Cette année ce sont des témoignages de juifs sauvés d’une mort programmée ainsi que ceux de Justes ou de descendants de Justes, honorés par Yad Vashem qui ont été lus lors de l’allumage des six bougies qui symbolisent les six millions de victimes juives de la barbarie nazie.  


(c) Alain Azria

Francis Huster a d’abord rappelé que la Shoah reste une plaie béante pour tous les juifs et pour toute l’Humanité, c’est pourquoi cette cérémonie est, avant tout, dédiée aux six millions d’âmes disparues pendant la Shoah, soit 40% des juifs du monde entier.

Mais dans cette tragédie des femmes et des hommes se sont levés, des milliers dans le monde, pour sauver des juifs : les Justes qui ont continué de croire aux valeurs d’amour et d’égalité. Depuis 1946 Yad VaShem répertorie et distingue toutes ces femmes et tous ces hommes, mais aussi les institutions qui ont sauvé d’autres êtres humains, femmes, hommes, enfants, vieillards promis à l’anéantissement parce que juifs.

(c) Alain Azria

Après la sortie du rouleau de la Torah que Frédéric Benichou a remis symboliquement à notre ami Shlomo Selinger, ancien déporté, peintre et dessinateur de renom, accompagné de ses petits-enfants, c’est l’allumage des six bougies, en la mémoire des six millions de juifs assassinés qui constitue le point focal de la cérémonie. Chacune est traditionnellement allumée par un ancien déporté accompagné par un de ses arrière-petits-enfants à qui il transmet cette responsabilité.

Cette année Guta Bojczyk, Judith Elkan-Hervé et Esther Senot, toutes trois rescapées d’Auschwitz ont allumé les trois premières bougies, ensuite ce furent Maurice Baran-Marszak et Régine Lippe, tous deux ex-enfants cachés, accompagnés par les familles des Justes qui les sauvèrent qui ont allumé les deux bougies suivantes et, comme en 2021, Henri Zajdenwerger, seul survivant du convoi 73, a allumé la dernière bougie.

(c) Alain Azria

En introduction à la cérémonie, Pierre-François Veil, Président du Comité Français de Yad VaShem a rappelé que depuis sa création cette institution israélienne avait décerné 27.921 titres de Justes dans le monde dont 4.150 en France où les ¾ des juifs de France de l’époque ont pu ainsi échapper à l’extermination. Des femmes et des hommes de tous horizons, de tous milieux sociaux, des dignitaires des églises chrétiennes, comme de simples fidèles, des cheminots, des paysans, des ingénieurs ont sauvé des femmes des hommes des enfants, des familles entières, et souvent en y perdant eux-mêmes la vie. Ils voulaient maintenir les valeurs de fraternité et les transmettre aux enfants. Pierre-François Veil a conclu en remerciant les Justes et rappelant la phrase du Talmud : « Quiconque sauve une vie, sauve l’humanité tout entière ».

Des témoignages lus par des personnalités particulièrement concernées ont ensuite introduit chaque allumage.

(c) Alain Azria

Claire Chazal a lu cette magnifique lettre rédigée en août 1942 par Monseigneur Jules-Géraud Saliège, archevêque de Toulouse qui fut lue dans toutes les églises de son diocèse et où il rappelle que la morale chrétienne et la morale humaine émanent de Dieu et que nul ne peut les violer. Il y regrette aussi que le droit d’asile ne soi malheureusement plus appliqué.

(c) Alain Azria

Ensuite c’est Rachel Khan qui a donné lecture de ce magnifique témoignage d’Oscar Stulzatt qui raconte comment le cheminot Marcel Hoffmann l’a sauvé deux fois de la déportation et a organisé l’évasion et l’hébergement de 42 personnes à la gare de Fives Lille, constituant tout un réseau de cheminots autour de lui.

(c) Alain Azria

Un moment particulièrement intense quand Nathalie Saint Cricq, en donnant lecture du témoignage de la famille Moscovici, elle retrace l’action de son grand père Jean Meunier, à Tours à partir de juillet 1942 pour sauver et héberger cette famille et bien d’autres. Avec beaucoup d’émotion elle a évoqué le rôle de ses quatre grands-parents résistants, et l’enseignement à leurs enfants : la lutte contre l’oubli, toutes les formes d’antisémitisme. Elle conclut : « vous pouvez compter sur nous ».

(c) Alain Azria

C’est ensuite Philippe Labro qui a évoqué l’action de ses parents Jean-François et Henriette Labro dans le sauvetage de juifs à partir de Montauban et l’organisation de leur fuite vers les Pyrénées.  Moment particulièrement poignant quand Philippe Labro raconte que leur maison servant de kommandantur au 1er étage abritait des familles juives au sous-sol, et comment la famille Labro y vivait au rez-de-chaussée.

(c) Alain Azria

Les chœurs de la Grande synagogue ainsi que la chorale des enfants du Talmud Torah de la Victoire et l’officiant Yedidia Blum ont ajouté à l’émotion de ces témoignages en reprenant le thème de « El Melekh Yochev » dirigé par Emmanuelle Souffan et Haya Prys.

La liturgie de la Victoire, interprétée par les officiants Yedidia Blum et Emmanuel Geissmann a rendu plus émouvante que jamais cette célébration, en particulier lors du Mimkomkho de l’entrée et bien sûr un très poignant El Mole Rahamim qui a précédé le Kaddish récité par les anciens déportés.

Nos partenaires de France Télévisions, Laurence Godon et Antoine Slodre en tête, ainsi que notre ami Steve Suissa qui produit les émissions religieuses sous la direction d’Isabelle Sarda, nous ont soutenus merveilleusement pour aboutir dans ce magnifique mais ambitieux projet.

(c) Alain Azria

Plus de 700 personnes ont entouré les nombreuses personnalités officielles qui souhaitaient s’associer à ce devoir de Souvenir, au premier rang desquelles : le Garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti, Roland Lescure Ministre délégué à l’industrie, Olivier Becht Ministre délégué chargé du Commerce extérieur et des français de l’étranger, Sonia Backès Secrétaire d’Etat à la citoyenneté et représentant le Ministre de l’Intérieur, Isabelle Lonvis-Rome Ministre déléguée chargée de l’égalité entre hommes et femmes, Patricia Mirallès Secrétaire d’Etats aux anciens combattants et à la Mémoire.  Les ambassadeurs d’Allemagne, des Emirats et d’Arabie Saoudite, d’Autriche, de Roumanie, de Hongrie, d’Ouzbékistan, le représentant de l’Ambassadrice des Etats Unis et bien évidemment la nouvelle Ambassadrice d’Israël, SE Yaël German.

Le Vice-Président du Sénat Roger Karoutchi, représentait son Président, le représentant du Préfet de Police Laurent Nunez.

(c) Alain Azria

Toujours fidèles à cette importante commémoration le représentant de la Maire de Paris, Anne Hidalgo, une grande partie des Conseillers de Paris avec Karen Taïeb chargée de l’Histoire et de la Culture en tête, la plupart des parlementaires, des maires d’arrondissements de Paris ou de la Région parisienne, assistaient à la cérémonie ;  en particulier la Maire du IXème Delphine Bürkli ,  du VIIIème Jeanne d’Hauteserre et du XVIème Francis Szpiner ainsi que les dirigeants de grandes institutions juives, F.M.S., le FSJU, le Keren Hayessod, ainsi que le Président du CRIF Jonathan Arfi.   

Monseigneur Thibault Verny, Archevêque auxiliaire de Paris, et le Père Patrick Desbois accompagnaient le nouvel Archevêque de Paris, Monseigneur Laurent Ulrich. Ils côtoyaient les nombreux représentants des cultes protestants.

(c) Alain Azria

Dans sa prise de parole le Président du Consistoire Central Elie Korchia a insisté sur l’engagement des Justes de France qui ont su refuser les crimes et l’antisémitisme ? Cette commémoration nous fait penser que le virus de l’antisémitisme a muté aujourd’hui, et qu’il se développe dans les milieux islamistes ? Elie Korchia a exhorté le Garde des Sceaux a poursuivre son action pour la prévention, la répression de ce fléau.

(c) Alain Azria

Joël Mergui, Président du Consistoire de Paris a rappelé que la lutte contre l’Islam radical menée par les Pouvoirs publics est, d’autant plus, une cause nationale que la banalisation du discours antisémite des islamistes constitue le terreau sur lequel se développent les partis extrémistes de gauche comme de droite. Les Justes doivent nous faire réfléchir sur le choix de la lumière dans l’obscurité ambiante.

(c) Alain Azria

Le Grand rabbin de Paris, Michel Gugenheim, en saluant la présence des hautes autorités de l’Etat, a rappelé que la Shoah a été la pire catastrophe que le monde ait connue, car elle a démontré que l’intelligence humaine ne constitue aucune garantie de protection et qu’au contraire elle peut se mettre au service de la pire barbarie. A quelques jours de Roch Hachana, les Justes nous montrent le chemin de l’éveil pour édifier un monde meilleur fait de paix et d’amour du prochain.

(c) Alain Azria

C‘est le Grand rabbin de France Haïm Korsia qui a conclu magistralement cette cérémonie en nous rappelant que l’Histoire aurait été différente si les Justes n’avaient pas décidé de sauver les juifs. Grâce à eux les trois-quarts des juifs français ont survécu. Nous leur devons une infinie reconnaissance, car si nous sommes là aujourd’hui pour témoigner, c’est grâce à eux. Il a conclu en rappelant cette phrase d’Anatole France en 1899 :

« La maladie de l’antisémitisme s’attaque aux nations malades »

(c) Alain Azria

Le son du Chofar, sonné par le rabbin Moshé Sebbag ainsi que la prière pour la République ont fait trembler les consciences de toute l’assemblée réunie sous les voûtes de la Grande synagogue de la Victoire.  

Emotion intense à la veille des grandes fêtes de Tichri !


Jacques Canet

(c) Alain Azria