Pessa'h
Le mois de Nissan représente
dans le calendrier hébraïque, le mois de la libération
et de la délivrance du peuple d’Israël. Les Sages considèrent
ce mois comme un message permanent pour tout être juif, menacé
ou non, libéré ou non, tourmenté ou non. Il est le
prélude de ses espoirs dans un avenir meilleur. BENISSAN NIGALOU
OUVNISSAN ATIDIM LEHIGAEL (Talmud Babli Roch Hachana 11a). A Nissan, nous
avons été affranchis et à Nissan nous serons libérés.
Le chemin de la délivrance
Dans l’histoire étrange
d’Israël, tout a commencé avec l’esclavage en
Egypte. L’embryon du peuple hébreu s’est développé
par un nombre insignifiant de soixante dix âmes, qui se rendaient
dans un pays d’accueil : l’Egypte. La Thora et nos Sages ne
condamnent aucunement le troisième patriarche Jacob qui, pour des
raisons humanitaires, s’est déplacé, corps et biens,
dans un lieu d’exil aussi paradisiaque que le pays de Gochen, enclave
égyptienne. Il aurait dû descendre avec une délégation
pour quelques semaines, voire quelques mois. Il avait le temps de voir
son fils Joseph, saluer les performances de l’illustre vice-roi
et retourner vers son pays d’attache : le pays de ses ancêtres.
Dans la Hagada : récit lu pendant la soirée pascale, on
justifie cette bifurcation comme inéluctable. C’est une décision
du Ciel qui devait se réaliser de deux manières. Si la venue
de Jacob et de sa tribu s’est déroulée sans heurt
ni menace, c’est par égard pour le vieil homme. Cette méthode
a eu le mérite de n’avoir pas fait souffrir Jacob dit Israël,
comme si D. voulait lui prouver sa satisfaction et l’honneur réservé
à ceux qui suivent Sa voie. La seconde manière aurait pu
être plus musclée, donc contraignante, voire une descente,
les fers aux pieds comme un vulgaire esclave ( Chabbat 89b). Le temps
était venu pour mettre à exécution la parole de D.
promesse faite à Abraham, père du monothéisme dans
le livre de la Genèse au ch.15 v.13 et commentée dans le
traité Bérahot 9b
Le passage par la chape de plomb pour les mâles hébreux,
adultes, ( sans compter les femmes et les enfants) ayant vécu durant
deux cent dix ans dans l’Egypte du Pharaon sanguinaire et barbare,
va promouvoir la capacité de ce peuple à résister
aux tentacules de l’intégration et donc de l’assimilation.
Un deuxième élément et non des moindres sera sans
conteste, la connaissance et l’omniprésence de D. dans l’histoire
de ce peuple. A partir de la sortie d’Egypte, D. et le peuple d’Israël
formeront une unité intangible, indissociable. Le monde païen
d’abord, puis la planète Terre, découvriront de gré
ou de force la place divine dans la marche de l’univers. C’est
un des messages forts que Moïse assène aux dirigeants Egyptiens
en même temps que les dix plaies qui pleuvent sur les égyptiens.
Les premiers chapitres du livre de l’Exode les mentionnent clairement.
La découverte de D., disent nos Sages, a permis au peuple esclave
de se débarrasser des éléments intérieurs
au monde hébreu qui ne croyaient pas à la puissance céleste
et qui les bloquaient en quelque sorte la sortie vers la liberté
(Rachi sur Exode ch.10 v.22). Ainsi, pendant les ténèbres,
neuvième coup, les quatre cinquièmes du peuple hébreu
ont péri. Pour la société égyptienne et pour
le Pharaon qui s’est propulsé être suprême, ayant
des pouvoirs divins, le réveil est rude. D. du Ciel, unique et
sans pareil, ne peut laisser quiconque usurper sa place. Certains parmi
nos Maîtres considèrent que le Pharaon a peut être
saisi le message mais il n’a pas pu ou su en tirer toutes les subtilités.
Cette leçon historique est gravée dans nos cœurs. Grâce
à l’éducation de base, souvenir permanent de la sortie
d’Egypte, nous vivons, convaincus, du non retour à la servitude
physique et spirituelle. Nous avons un sens inné des velléités
esclavagistes, individuelles ou collectives, pour nous prémunir
et les éviter. Notre survie deux fois millénaire, pendant
l’exil en est la preuve criante. D’autres peuples plus nombreux,
plus puissants ont subi les épreuves du temps et les avatars des
différentes civilisations. Ils ne sont plus là parce qu’ils
n’avaient de projet pérenne, donc de projet divin.
Le chemin du retour
A la fin des temps, selon nos Sages,
les miracles de la sortie d’Egypte s’estomperont pour laisser
place aux raisons événementielles de Pourim ou de Hanoucca
(commentaire sur le livre d’Esther ch.9 v.28). La sortie d’Egypte
n’a été que le prélude à l’approche
des temps messianiques.
L’aspiration de chaque être juif, est de croire en la venue
du Messie. Maimonide place cette donnée comme primordiale. Le Choulhan
Aroukh : le code de la Loi, attribue le titre d’incroyant et de
blasphémateur à quiconque rejette cette profession de Foi.
D. a promis au peuple hébreu qui supportait le joug égyptien,
de le faire sortir de ce monde carcéral mais aussi de lui attribuer
une terre, celle où ont résidé les trois patriarches.
Les peuples, qui dans l’histoire universelle, ont subi le même
sort que les hébreux n’ont jamais prétendu avoir la
liberté pour retourner au pays originel. Les exemples sont assez
nombreux tout au long des millénaires passés.
Le chemin du retour des enfants de Jacob donc d’Israël a été
tracé par Abraham, Isaac et Jacob selon la promesse divine ( Exode
ch3 v. 8). Moïse a repris les termes de cette promesse à son
compte et a exécuté les paroles célestes sans rien
ajouter ni retrancher. D., au terme de la dixième plaie a exigé
de Moïse de demander aux enfants d’Israël de « récupérer
» l’argent et l’or que l’Egypte a amassé
sur leur dos. Cette exigence à première vue, superflue,
faisait partie de la promesse divine à Abraham. Les commentateurs
considèrent que la sortie d’Egypte, sans cette exigence,
n’aurait pas été totalement accomplie parce qu’il
s’agissait de la promesse de D. ( Genèse ch.15 v.14)
Il a fallu quarante ans pour amener à bon port ce peuple totalement
affranchi. A la veille de l’entrée du peuple hébreu
en terre de Canaan, D. met les pendules à l’heure. La terre
a « vomi » ses habitants à cause de leur comportement.
Le peuple d’Israël pourrait subir le même châtiment
s’il se détourne du chemin tracé. C’est ainsi
que les prophètes vont justifier la destruction des deux Temples.
C’est ainsi, aussi, qu’ils vont préparer cette nation
aux deux exils. Mais les paroles prophétiques ne se limitent pas
à une litanie de malheurs. Aucun des prophètes n’a
voué à ce peuple une fin tragique sans rémission.
Au contraire, tous les envoyés de D. ont rappelé, sans cesse
que ce détour de la Terre n’est que provisoire. Il y aura
retour. Véchavou banim ligvoulam, les enfants reviendront dans
leur territoire, dit le prophète Jérémie.(ch. 31
v. 17)
Les deux mille ans du dernier exil ont montré que les nations se
sont acharnées pour démentir la volonté divine. Sous
des prétextes fallacieux, liés à notre comportement,
différent et original, de vouloir vivre dans les pays d’accueil
sans perdre notre âme, elles nous ont livrés à la
vindicte populaire, pour nous pousser hors des chemins afin de ne plus
reconnaître l’horizon de la délivrance, celle de la
Jérusalem éternelle.
Les religions, nourries aux fondements du Judaïsme, se sont substituées
au peuple d’Israël pour l’écarter et défier
les prophètes et leurs prédictions.
Le constat est sans appel: dans le concert des nations, le peuple juif
est toujours présent en ce début du troisième millénaire
comme il l’a été au cours des millénaires précédents.
Notre conviction affirme que les temps messianiques sont proches. L’histoire
prend ainsi sa revanche. Ce peuple a résisté à toutes
les tentatives les plus machiavéliques qui lui barraient la route
vers sa destinée. Il a amorcé son retour, programmé
depuis les temps les plus reculés.
Nous vivons certainement, les derniers soubresauts des douleurs de l’enfantement..
La sortie d’Egypte, premier pas d’un destin fabuleux, a été
suivie par une odyssée et une expérience uniques. Le joyau,
c’est à dire la Thora, écrite et orale, nous a protégé
durant ce périple cahoteux. Cette expérience et cet apprentissage
de la vie nous ont permis d’espérer et de concrétiser
nos rêves
Pessah Cacher Vésaméah.
Rabbin Salomon MALKA
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