En méditant le Rachi sur la Parachat Mikets
Au cours de notre étude
sur le Rachi de la Paracha de la semaine, nous allons aborder deux points,
a priori, distincts mais qui montreront comment les relations inter-individuelles
peuvent aller de l’amour le plus beau et le plus sincère
à la haine et la jalousie la plus sordide.
Le premier point sera une leçon magistrale de stratégie
politique malsaine. Nous verrons comment Rachi met en évidence
la manière dont certains esprits malfaisants font tout pour limiter
la réussite d’autrui. Ensuite nous nous transporterons dans
un tout autre univers ; nous verrons comment l’amour fraternel peut
rtrouver des expressions forts touchantes.
Yossef haTsadik fut jeté en prison sous les fausses accusations
de la femme de Potiphar. Il fut emprisonné avec les ministres du
Pharaon. Il sut interpréter les rêves de ces derniers. Il
demanda à l’échanson, qui eut la vie sauve, de rappeler
son bon souvenir au Pharaon. Cet individu de peu de qualité oublia
Yossef, l’écartant volontairement de sa mémoire pour
le laisser pourrir en prison.
Au début de la section Mikets un évènement va obliger
le maître échanson à mentionner le nom de Yossef dans
la cour du Pharaon. Pharaon rêva et aucune des interprétations
données à son rêve ne le satisfirent. Les sages d’Egypte
se succédèrent devant lui, sans arriver à apaiser
l’angoisse qui l’étreignait. La situation devenait
critique pour les conseillers du Roi. Il devenait évident que l’individu
capable de livrer le secret de ce rêve se verrait évidemment
promis aux plus belles des promotions dans la hiérarchie royale.
Le maître échanson parla de Yossef, de cet homme doté
de la faculté assez exceptionnelle de trouver le sens des rêves.
Un verset de la Torah relate le détail des propos de ce ministre.
Rachi les analyse et montre comment il s’évertua à
limiter la grandeur de celui qu’il faisait entrer dans la cour.
Il pensait ainsi préparer les conditions qui empêcheraient
l’éventuelle ascension de ce jeune homme capable de faire
ce qu’aucun des ministres du roi n’avait pu faire jusqu’alors.
Ainsi le maître échanson présente Yossef comme «
Un jeune hébreu, esclave du ministre des Taba’him »
(Genèse 41-12).
A la lecture de ce verset, plusieurs questions se posent. Pourquoi l’échanson
s’est-il senti obligé de donner au Pharaon le curriculum
vitae de cet individu. Pourquoi a-t-il précisé qu’il
était " jeune ". Pourquoi a-t-il insisté sur le
fait qu’il était " hébreu ". Enfin pourquoi
mentionner qu’il était l’esclave du ministre des Taba’him
?
Et Rachi d’expliquer en commençant par une introduction fort
éloquente « Maudits soient les impies. Le bien qu’ils
font n’est jamais entier. Le maître échanson parla
de Yossef au Pharon de façon dédaigneuse ». Ainsi,
Rachi explique que si l’échanson dit au Pharon que Yossef
était jeune, c’était pour lui le moyen de suggérer
qu’il le considérait comme « un faible d’esprit
inapte à occuper des fonctions importantes »
Lorsqu’il précise qu’il est d’origine hébraïque
c’est, nous dit Rachi, le moyen pour lui d’insinuer : «
qu’il ne sait même pas parler la langue du pays ». Enfin
en rappelant son statut d’esclave, il fait allusion, toujours selon
le commentaire de Rachi : « aux lois du pays qui interdisent à
un esclave, de porter des habits royaux et d’exercer le pouvoir
royal » .
Certes, le maître échanson fit sortir Yossef de prison et
il faut en cela lui être reconnaissant. Toutefois, il faut voir
également la manière dont cette aide fut apportée.
Il ne faut surtout pas occulter la fourberie de ce « sauveur ».
Il ne faut pas perdre de vue que par la présentation qu’il
faisait de Yossef, il cherchait à limiter au maximum ses possibilités
d’évolution future au sein de la cour, alors qu’il
n’était même pas sûr que ce dernier s’y
intéresserait une fois libéré.
A nous de comprendre que le bien que nous faisons à autrui doit
être fait sans calcul, qu’il ne doit surtout pas être
accompagné de mauvaises intentions dénaturant complètement
l’aide apportée. Il faut apprendre à reconnaître
les qualités spécifiques de chacun, savoir les mettre en
valeur, leur permettre de s’exprimer pleinement pour le bien d’autrui
et pour le bien de la communauté. Nos sages nous assurent que personne
ne peut souffrir de la réussite d’autrui, que ce qu’obtient
le prochain est à lui, et qu’il ne porte jamais préjudice
à qui que ce soit. A l’inverse celui qui se comporte comme
le maître échanson se voit qualifier par Rachi de Rach’a,
d’impie et est plus proche de la malédiction (en hébreu
dans le texte de Rachi : Arourim) que de la bénédiction.
C’est d’ailleurs en attribuant à chacun la pleine reconnaissance
de ses mérites et qualités que, nous disent les sages, la
délivrance peut venir en ce monde.
Clôturons ici ce sujet et continuons sur une note plus optimiste.
Dans la même paracha nous assistons à la première
rencontre de Benyamin avec son frère Yossef. Une brève discussion
débuta entre eux, mais elle fut rapidement interrompue. L’émotion
qui saisit Yossef fut extrêmement forte. Il ressentit une irrésistible
envie de pleurer qui l’obligea à quitter la pièce
dans laquelle il se trouvait. Rachi nous renseigne sur le contenu de ce
dialogue et sur les causes de cette montée d’émotion.
Rachi (Genèse 43-30) :
« Yossef demanda : As-tu un frère maternel ? Il répondit
: J’ai un frère qui a disparu. As-tu des enfants ? J’en
ai dix. Quels sont leurs noms ? Il répondit : Bel’a, Békher
etc. Et quel est le sens de ces noms ? Il répondit : Tous ont été
choisis en rapport avec mon frère et les souffrances qu’il
a enduré. Béla’, car il a été englouti
(balou’a’ = avalé) parmi les nations. Békher,
car il est le premier né de sa mère ( békhor = premier
né). Achbel, car il a été emprisonné par D.
(chévi = prison). Guéra, car il a toujours vécu loin
de chez lui (Guer = étranger). Na’aman, car il était
particulièrement agréable (na’im = agréable).
E’hi et Roche, car il était mon frère et un chef.
Moupim, car il a suivi l’enseignement oral de mon père (Pé
= bouche). ’Houpim, car il n’a pas assisté à
mon mariage et que je n’ai pas pu assister au sien (Houpa = mariage).
Ard, car il est descendu vivre parmi les idolâtres (laredet = descendre)
».
Dès que Benjamin eut fini cette explication des noms de ses enfants,
Yossef fut empli d’une émotion si forte qu’il ne put
la contrôler. Des larmes se mirent à couler sur ses joues
l’obligeant à cesser la discussion qu’il avait entamée
avec son jeune frère. C’est donc cette marque de fraternité
sans égale qui éveilla cette effusion de sentiments si forte.
Benjamin nomma la totalité de ses dix enfants, donc de ce qu’il
avait de plus cher, en rapport avec son frère. Il montrait ainsi
que celui-ci restait encore très présent dans son esprit.
Plus encore, il montrait par là qu’il espérait que
ses enfants seraient les justes continuateurs de son œuvre. Cela
toucha profondément Yossef au point de le faire pleurer, de joie
et d’émotion.
Rav Ariel MESSAS
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