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Kamikazes, vous avez dit kamikazes...
Pourquoi le Dvar Torah
?
Un Dvar Torah peut être une réflexion complètement
"désincarnée". Il peut être détaché
de nos préoccupations quotidiennes. L’essentiel de son propos
est souvent, à travers l’analyse et l’interprétation
des textes de la tradition, de lier un instant notre intelligence à
celle de la Torah.
Mais un Dvar Torah peut aussi être un éclairage sur une question
dont nous ressentons l’urgence. Une lumière permettant de
prendre la mesure d’évènements extraordinaires qui
parsèment notre existence.
Ainsi, certains des faits de société d’aujourd’hui
peuvent trouver dans nos textes un certain écho. Il peut arriver
qu’en les lisant attentivement, nous ressentions, par rapport à
ce qui se passe en notre temps, une impression de "déjà
dit".
Dès lors, dès que nous sommes confrontés à
un texte de la Torah, en rapport avec un phénomène de société
de notre temps, il nous faut l’étudier scrupuleusement. Il
nous faut savoir comment il est perçu, mais aussi et surtout, comprendre
comment il est advenu, et comment il est donc possible d’agir sur
lui.
Le comble de l’horreur
:
Le titre de cet article : "Kamikazes, vous avez dit kamikazes…"
laisse bien sûr entendre que le Dvar Torah qui va suivre relève
plus de la seconde catégorie que de la première.
Réfléchissons un instant sur ce que certains appellent :
"Un phénomène de société d’un genre
nouveau" ou encore la marque d’une nouvelle époque.
Une époque où le "suicide pour tuer" est érigé
en système de combat, pire encore, en "acte de bravoure".
Ainsi, remarquent ces esprits bien-pensants, même si l’histoire
du siècle dernier a connu un phénomène portant le
même nom, il est évident qu’il est de nature fort différente
de celui que nous vivons actuellement. Le suicide des militaires japonais
pendant la seconde guerre mondiale était un acte de guerre cherchant
à atteindre un ennemi armé, menaçant l’intégrité
et la souveraineté nationales de leur pays. En revanche, aujourd’hui
nous sommes confrontés à des individus se suicidant pour
tuer des civils, sans chercher, ce faisant, à emporter une quelconque
victoire politique ou militaire. Ils savent que le gouvernement israélien
ne se pliera pas à leurs requêtes sous l’effet de la
violence. L’intention est donc de se faire tuer pour tuer. Nous
atteignons ici le comble de l’horreur.
Certes, cette attitude n’est
pas sans rappeler une période sombre de l’histoire humaine,
lorsque le meurtre des juifs était devenu "un fait de société
normal". A la différence notable qu’aujourd’hui
des hommes se suicident pour atteindre cet objectif. Et en cela nous avons
affaire, semble-t-il, "à quelque chose d’humainement
neuf".
Ce qu’en dit la Torah
:
Mais en poussant encore un peu l’analyse, nous constaterons que
la Torah a déjà pensé à ce genre d’attitude
; que l’humanité a déjà connu des régimes
politiques se comportant de façon similaire. Nous verrons que la
lettre de la Torah l’attribue à des systèmes politiques
représentant le mal dans son essence la plus parfaite ; mais aussi
et surtout, qu’elle nous explique comment ce phénomène
inhumain et inacceptable apparaît.
Et lorsque l’on sait comment le mal arrive, on peut rêver
de trouver le moyen de l’éradiquer.
Reprenons notre analyse du phénomène dit aujourd’hui
des kamikazes et tentons de l’appréhender dans sa réalité
la plus objective.
Le monde, les médias, nous
parlent d’enfants, de jeunes, "désespérés"
ne supportant plus d’être "humiliés" qui,
en désespoir de cause, décident de devenir des bombes humaines.
La réalité est, me semble-t-il, toute autre.
Un monde de mort préméditée
:
La préparation des kamikazes implique la mise en œuvre d’une
logistique de la mort. Les ceintures explosives que portent ces "malheureux"
ont été pensées réfléchies et étudiées,
afin d’être les plus "efficaces possibles", les
plus "discrètes possibles" etc. Mais aussi afin d’être
extrêmement meurtrières. De même, l’entraînement
de ces bombes humaines, leur conditionnement pour tuer ne peut se faire
en un jour. Ceux-ci nécessitent une "formation", des
locaux, des formateurs, une intendance pourvoyant aux besoins de ces fous
de la mort. De plus, ces enfants bombes humaines ne peuvent agir seuls,
d’autres ont dû repérer les lieux du futur attentat,
réfléchir et penser les dates, les heures, ainsi que l’impact
politique et médiatique de leur abominable forfait.
Il existe donc en ce monde, une population ne vivant que pour le meurtre
de ses enfants et des enfants de "l’ennemi". Une population
dont la seule occupation consiste dans la préparation à
la mort de leurs jeunes et des jeunes de ses voisins. La haine de cette
horde d’individus malades a atteint un stade paroxystique les menant
à massacrer leur peuple.
Phénomène nouveau ? Non.
Déjà en Egypte
:
Une attitude similaire est décrite par un Midrash, cité
par Rachi dans son commentaire sur la Paracha de la semaine.
Revenons un instant sur les premiers versets du livre de l’Exode.
La Torah y décrit l’importance de la croissance démographique
du peuple juif. Elle explique qu’il "emplissait la terre".
Puis, elle rapporte qu’un nouveau Roi occupa la fonction royale.
Qu’il se comporta comme s’il n’avait jamais entendu
parler de Joseph. Puis, qu’il fut pris d’une peur assez surprenante
de voir ce peuple d’émigrés s’associer à
des armées étrangères pour le chasser de son trône.
Le texte biblique continue en disant que cette angoisse le poussa à
trouver les moyens qui empêcheraient à jamais cette éventualité
de se réaliser.
Le premier des moyens qui lui vint à l’esprit fut de les
asservir en leur imposant un traitement inhumain. La Torah témoigne
qu’il n’arriva pas ainsi à ses fins. Plus il les oppressait,
plus ils se développaient. L’échec de cette politique
le poussa à la surenchère. Il exigea des sages femmes juives,
qu’elles mettent à mort tous les nouveaux nés juifs
mâles. De nouveau, cette entreprise déboucha sur un échec.
Les sages femmes désobéirent. Elles racontèrent au
Pharaon que les femmes juives n’avaient pas besoin d’elles,
qu’elles mettaient au monde leurs enfants dans les champs sans assistance
extérieure. Semble-t-il excédé par les échecs
successifs des mesures qu’il prenait pour limiter le développement
du peuple juif, le Pharaon décida alors d’une nouvelle mesure.
La surenchère fut alors à son comble.
La lettre de la Torah (Exode 1-22)
nous indique la décision prise par le Pharaon à ce moment-là
: "Pharaon ordonna à tout son peuple en disant : Vous jetterez
dans le Nil tous les enfants mâles qui naîtront".
Cette décision est commentée
par un Midrash cité par Rachi. Le Midrash dit : "Ce décret
fut pris aussi à l’encontre de son propre peuple". Pharaon
décréta que tous les enfants mâles qui naîtraient
en Egypte le jour indiqué par ses devins seraient mis à
mort, qu’ils soient Hébreux ou Egyptiens.
Le verset dit : Tous les enfants
mâles. Il ne dit plus comme au préalable : « Tous les
enfants mâles qui naîtront chez les Hébreux. »
Le Midrash explique que les devins
du Pharaon avaient prédit que le sauveur d’Israël devait
naître un certain jour. Ils concédèrent cependant,
qu’ils ignoraient s’il appartiendrait à une famille
juive ou à une famille égyptienne. Face au doute, le Pharaon
décréta que tous les enfants mâles qui naîtraient
en ce jour seraient mis à mort.
Ce qui commença par une
phobie injustifiée se transforma en une entreprise meurtrière
qui finit par se retourner contre le peuple de celui qui l’avait
mise en œuvre.
Le peuple juif en Israël semble,
aujourd’hui, sous l’effet d’un processus similaire.
Il est décrit par ses voisins comme un peuple impérialiste
et oppresseur, alors qu’il ne demande qu’à vivre en
paix avec eux. Cet axiome poussa ses ennemis à le combattre sans
merci en s’attaquant à son armée, mais aussi à
sa population civile.
Enfin, poussés par une surenchère
dans la haine et la volonté de destruction, ses protagonistes n’hésitent
pas aujourd’hui à envoyer leurs propres jeunes se faire tuer,
dans les conditions les plus atroces, si cela peut, dans le même
temps, permettre le meurtre d’enfants juifs.
On a l’impression de revivre
aujourd’hui la décision du Pharaon qui, pour tuer le sauveur
d’Israël, organisa le meurtre d’un très grand
nombre de ses propres enfants.
En conclusion :
Cette comparaison doit nous faire prendre conscience que nous avons affaire
à un comportement comparable à celui que subirent nos ancêtres
en Egypte. Régime qui, dans les textes de la tradition, est décrit
comme représentant le mal par excellence. Cette constatation doit
être pour nous le moyen d’un réveil, d’une prise
de conscience devant nous mener à ne jamais accepter ou s’accommoder
d’une situation de ce genre ; à ne jamais considérer
que le terrorisme est un fléau avec lequel on peut et on doit vivre.
Il faut que nous sachions que nous avons affaire au mal le plus parfait
et qu’il faut tout mettre en oeuvre pour le voir disparaître
au plus vite.
LA LANGUE DE MOCHE
Dans le Chapitre II de la Parachat Chémot, la Torah relate que
Moché grandit. Qu’il sortit de la maison du Pharaon pour
aller à la rencontre de ses frères. Qu’il constata
la souffrance qu’endurait son peuple. Qu’il vit un Egyptien
en train de frapper un Hébreu, et que, ne pouvant supporter cette
vision le frappa et le tua.
Cette histoire saisissante ne trouve
pas ici son épilogue. La Torah raconte que le lendemain, Moché
sortit de nouveau à la rencontre de ses frères. Que cette
fois, ce furent deux Juifs qu’il trouva en train de se battre. Que
Moché s’avança vers l’agresseur et lui demanda,
pourquoi il frappait injustement son frère. Insolemment ce dernier
lui répondit (Exode 2-14) : "Qui t’a nommé prince
ou juge ? As-tu l’intention de me tuer comme tu as tué l’Egyptien
?"
Le texte biblique continue en disant
que Moché eut très peur et déclara : "Maintenant,
la chose est connue".
Rachi explique que par là,
Moché se disait que son action de la veille n’était
plus un secret pour personne et qu’il devait désormais redouter
la réaction des autorités égyptiennes. Cela ne tarda
pas, d’ailleurs, à être vérifié. Le verset
qui suit nous montre le Pharaon dans un état de colère extrême
condamnant Moché à mort pour l’action qu’il
avait commise.
Les doutes de Moché
:
Rachi cite par la suite le commentaire d’un Midrash sur la réaction
de Moché. Il voit dans la déclaration de Moché, une
exclamation de "satisfaction". Le sentiment que quelque chose
d’incompréhensible venait d’être résolu
: "Maintenant, je comprends ce qui, de tout temps, me paraissait
incompréhensible".
En effet, le Midrash explique que
Moché ne comprenait pas pourquoi le peuple juif avait été
condamné à l’esclavage alors que les soixante-dix
autres nations vivaient librement. Mais, dit Moché, "Je comprends
maintenant, pourquoi le peuple juif se trouve dans un état propice
à ce genre de dérive".
Dans son commentaire sur la peur
de Moché, Rachi est plus explicite. Il écrit : "Le
Midrash explique que Moché eut peur car il venait de découvrir
en Israël des impies, des médisants".
Au point qu’il déclara : "Peut-être ne sont-ils
pas aptes à être sauvés".
Lachone ara, un fléau pour
les hommes :
Il est intéressant de noter que Moché, lui-même, ne
put échapper complètement à l’influence du
monde dans lequel il vivait. Il succomba, dans une certaine mesure évidemment,
au Lachon HaRa, à la médisance.
Ainsi, après avoir été
chargé par HaChem d’annoncer au peuple juif sa délivrance
future, Moché émet une réserve quand aux chances
de réussite de cette périlleuse entreprise. Il est persuadé
que les enfants d’Israël ne verront pas en lui un prophète.
Il dit alors à D. (Exode 4-1) : "Et voilà, ils ne me
croiront pas et n’entendront pas ma voix, car ils diront : D. ne
t’est pas apparu".
La remarque de Moché fut
entendue et acceptée puisque que D. donna à Moché
deux signes pour prouver au peuple juif qu’il est réellement
son envoyé.
Des signes qui parlent
:
Le premier d’entre eux consiste en la transformation de son bâton
en serpent. En guise de second signe, D.ieu demanda à Moché
de mettre sa main sur son sein. Lorsqu’il l’en sortit, elle
était frappée par la lèpre. Ces deux signes sont
extrêmement frappants. Mais pourquoi avoir choisi de les centrer
autour de symboles aussi forts que le serpent et la lèpre ?
Rachi explique que D.ieu voulut
ainsi faire entendre à Moché qu’il avait médit
sur Israël.
Avoir soutenu que le peuple hébreu
ne pourrait entendre l’annonce qu’il lui ferait de sa prochaine
délivrance était pour D.ieu un manque de considération
inacceptable. C’était de la médisance. Ce faisant,
Moché succombait dans une certaine mesure au Lachon HaRa. Il se
comportait donc de façon identique à celui qui dans la tradition
est l’archétype même de ce fléau : le serpent.
De même, la lèpre
est la plaie qui, dans la tradition juive, touche celui qui médit.
(Il serait trop long dans le cadre de cette étude d’expliquer
pourquoi le serpent et la lèpre sont intimement liés à
ce mal).
Rachi écrit :
"Il (D.ieu) lui indiqua (à
Moché) de façon allusive, qu’il avait médit
sur Israël, lorsqu’il déclara : « Ils ne me croiront
pas », et qu’ainsi, il avait adopté l’attitude
du serpent".
Dans son commentaire sur le verset
(Exode 4-6) Rachi écrit :
"Par cela aussi (la lèpre),
D. indiquait de façon allusive (à Moché) qu’il
avait médit en disant (à propos des enfants d’Israël)
: « Ils ne me croiront pas ». C’est pourquoi il le frappa
par la lèpre, comme d’ailleurs Myriam avait été
frappée par la lèpre du fait de la médisance".
Le commentaire de Rachi sur le
verset (Exode 4-8) est édifiant.
"Lorsque tu leur diras : J’ai
été frappé par la lèpre pour avoir médit
sur vous, il te croiront, car ils savent que ceux qui tentent de leur
faire du mal, sont en définitive frappés par la lèpre,
comme le Pharaon et Avimélèkh du fait de Sarah".
Ces quelques lignes de Rachi font
froid dans le dos. Elles comparent tout simplement Moché au Pharaon
et à Avimélèkh. Ceci nous emplit de tremblement sur
la gravité de la médisance.
Moché, pour avoir constaté
que le peuple d’Israël ne le croirait pas, est comparé
au Pharaon et à Avimélèkh.
C’est donc la médisance
qui est à l’origine de la catastrophe qu’était
en train de vivre le peuple juif en Egypte.
En conclusion :
En d’autres termes, le fait
de parler d’autrui d’une manière qui ne lui convient
pas est à l’origine de l’asservissement d’Israël
et de la chute des nations à des extrémités difficiles
à imaginer.
Ceci pour dire que par la médisance,
l’appréhension du monde, dans lequel nous vivons, est faussée.
Elle est donc à l’origine de toutes les erreurs, mêmes
les plus abominables, telles que le meurtre de ses propres enfants.
Faisons donc tous attention au
Lachon HaRa…
Rav Ariel MESSAS.
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