Entre le mythe et le rite : D’où nous vient le Schofar ? Le mythe et le rite : existe –t-il une mythologie hébraïque
ancienne ? Et dans l’affirmative, peut-on considérer la sonnerie du schofar,
La corne de bélier, comme une séquelle de pratiques rituelles qui en faisait
partie ? Comme les Hébreux ont réalisé la révolution monothéiste, qu’ils
ont dépeuplé la nature de ses esprits, en bref qu’ils ont désenchanté
la nature, on pourrait penser qu’ils ne se sont jamais fait de représentations
mythologiques ? LE RITE, en latin RITUS : Existe-t-il un terme ou des termes en hébreu biblique pour
désigner le rite ? INTRODUCTION De tous les instruments de musique, à corde, à vent et
à percussion seul le schofar a suivi le peuple juif dans son exil. On
ne se sert plus de cette corne de bélier qu'à deux occasions dans le judaïsme,
à savoir le jour du nouvel an (Rosh ha-Shana) et le jour des propitiations
(Yom Kippour). A/ Au fond, la Bible ne précise nulle part les règles afférentes
au schofar ; c'est le talmud - surtout dans le traité de Rosh ha-Shana
16a-b- qui s'en charge. Les théories qui cherchèrent à en rendre compte
varient selon que l'on est rationaliste, éclairé ou franchement mystique;
on peut retenir grosso modo deux idées : B/ Interprétation Voyons à présent les occurrences du schofar et sa signification
dans la Bible et dans le talmud afin de mieux comprendre la dimension
ésotérique de ce phénomène religieux. Dans la littérature biblique le
schofar servait tout d'abord La littérature biblique connaît un autre vocable hatzozzera qui signifie trompette mais qui est souvent utilisé comme un synonyme de schofar. Les deux instruments sont cités ensemble en quatre passages bibliques: Ps. 98;6, I Chr. 15;28 II Chr. 15;24 et Osée 5.8. Le verbe qui suit le schofar pour dire sonner est toujours li-teqo'a' et celui qui suit hatzozzera est constamment le-hariya'. La Bible hébraïque donne une définition des plus précises de ces sons et notamment de la téru'a en Nombres 10;2-10 : “Fais toi deux trompettes d'argent. D'argent massif
tu les feras et elles te serviront à la convocation de la communauté ainsi
qu'au déplacement des camps. Dès qu'on en sonnera, toute la communauté
se groupera près de toi, à l'entrée de la tente du rendez-vous. Que si
l'on en sonne une seule fois, ceux qui se grouperont près de toi seront
les princes, les chefs des tribus d'Israël. Quand vous sonnerez en fanfare
(bi-teru'a) les camps, ceux qui campent à l'est, partiront. Et quand vous
sonnerez une seconde fois en fanfare, les camps, ceux qui campent au sud,
partiront. On sonnera en fanfare pour leurs déplacements. Et pour rassembler
l'assemblée, vous sonnerez, mais non en fanfare. On peut avancer l'hypothèse suivante : le schofar était
l'instrument qui avait la faveur du peuple tandis que la hatzozzera était
mieux considérée dans les milieux sacerdotaux; ceci expliquerait alors
la quasi-disparition de cette dernière après la chute du temple de Jérusalem.
a) la teqi'a (son prolongé), C/ Explication talmudique Quelles sont les explications données par l'exégèse juive
ancienne au sujet de la sonnerie du schofar ? Or, Nombre 10;9 édictait clairement que Dieu se souvenait de son peuple Israël engagé dans le combat lorsqu'il percevait le son du schofar... Et en se souvenant de ses enfants il change de place: du trône de la rigueur il se dirige vers celui de la miséricorde. Cette explication trouve un écho dans un passage du midrach (Lévitique rabba § 29, Genèse rabba § 56 et Rosh ha-Shana 16a) : “Juda bar Nahmani a commencé en ces termes, au nom de Resh Laqish: Psaume 47;6 dit: Elohim monte en fanfare (teru'a), YHWH au son du cor (schofar). Lorsque le Saint béni soit-il monte pour prendre place sur le trône du jugement c'est pour rendre un verdict, ainsi qu'il est dit: Dieu monte en fanfare...Mais lorsque les Israélites se saisissent de leur schofar le Saint béni soit-il change de trône: il quitte celui du jugement pour occuper celui de la miséricorde, ainsi qu'il est dit : Dieu (monte) au son du cor. Son cœur est empli de miséricorde et il leur pardonne. Quand cela a-t-il lieu? Le premier jour du 7ème mois”. Le même passage midrachique rapproche la racine SH F R
(qui a donné schofar) du verbe hébraïque shafar qui signifie améliorer,
rendre meilleur: c'est le bélier qui a remplacé Isaac sur l'autel. En percevant le son du schofar Dieu se souvient de l'amour d'Abraham pour Lui car il n'a pas hésité à offrir son fils en sacrifice. Yoma 20a donne une explication : l'expression hébraïque
Ha-STN (le Satan) a pour valeur numérique le chiffre 364. Les Sages en
déduisent l'enseignement suivante: Satan peut sévir tous les jours de
l'année, à l'exception d'un seul, le jour de Kippour au cours duquel on
sonne la corne de bélier... Rosh ha-Shana 16b préconise de prononcer la
formule suivante lorsqu'on perçoit la sonnerie du schofar: Qera' Satan
: Déchiquette Satan! On conseille même d'y insérer le Nom divin afin d'obtenir
plus d'efficacité, ce qui donne la formule hébraïque suivante: YQHR'H
YSHTWNH. On peut reconstituer le Nom tétragrammate dans cette formule:
YHWH. Hullin 105b parle de Mar bar Rav Ashi qui chassa le démon
d'une gouttière grâce au son du schofar ; D/ Dans son Mishné Tora, Maïmonide (1138-1204) voyait dans la sonnerie du schofar un acte rituel mais aussi symbolique : “Bien que la sonnerie du schofar soit un précepte biblique concernant le nouvel an et le jour des propitiations on y trouve aussi l'allusion suivante: O vous qui dormez, sortez enfin de votre léthargie et vous qui somnolez émergez donc de votre torpeur. Examinez votre conduite et faites amende honorable. Que chacun rejette ses mauvaises pensées et ses actions iniques.” E/ ZOHAR Le Zohar, la Bible des kabbalistes, voyait les choses autrement; commentant Levitique 23;4 le Ra'ya méhémna (le berger fidèle) dit ceci : “Outre le procureur, deux notaires entourent Dieu... Celui-ci laisse toujours le temps de se repentir. Si le pécheur vient à résipiscence Dieu déchire alors le décret funeste le concernant et dit: Qui souhaite invoquer des circonstances atténuantes en faveur de l'accusé ? C'est alors que retentit le son du schofar dont l'écho parvient jusqu'au ciel. A la seconde sonnerie tous les accusateurs sont plongés dans la confusion. La colère de Dieu s'apaise, son cœur est empli de miséricorde et de bienveillance.” Ishaya Horowitz, l'auteur de l'important ouvrage Shené luhot ha-berit (les Deux tables de la loi) affirme (fol. 117b) que le son du schofar avilit Satan dans son rôle d'accusateur d'Israël. Il ne faut pas oublier que la sonnerie du schofar a son Sitz im Leben dans la liturgie de Rosh ha-Shana où l'on parle de malkhouyot (allusion à la royauté de Dieu: Ezéchiel 20;3), de zikhronot (souvenirs) (Ps. 78;39) et de schofarot (Zacharie 9;15) F/ LE SYMBOLE DE LA CORNE Les spécialistes des religions comparées ont donné de l'usage
du schofar une toute autre explication qui renvoie au rôle joué par les
animaux à cornes dans les conceptions primitives de la divinité. Il est
indéniable que les traces de telles représentations subsistent même au
sein de la Bible. Certes, on pourrait objecter que les métaphores bibliques
comparent Dieu à une série d'animaux, notamment à un lion, comme en Isaïe
38;13 (comme un lion, il broie mes os). Mais pour les bêtes à cornes la
situation est un peu différente en raison même de la polysémie du terme
hébraïque kérén (corne): la Bible interdit expressément “Il y a dix types de cornes en Israël: la corne d'Abraham, celle d'Isaac, celle de Joseph, celle de Moïse, celle de la Tora, celle du sacerdoce, celle des Lévites, celle des prophètes, celle du temple et enfin celle d'Israël. Toutes ces cornes furent posées sur la tête d'Israël (afin de le rendre invincible) mais il les perdit toutes en raison de ses nombreux péchés. Ainsi qu'il est dit (Lam. 2;3): Dans l'ardeur de sa colère il a abattu toute corne en Israël...” YOVEL et YUVAL Un passage du livre de l'Exode (19;13) semble appartenir à une strate très ancienne de la littérature biblique: et il n'est pas inintéressant de constater qu'il s'agit de la théophanie du Sinaï. On y dit: Lorsque le Yovél (bélier) poussera des cris prolongés... Et c'est seulement quelques versets plus loin (16s) que l'on parlera du Qol schofar (le son du schofar). Pour les spécialistes des religions comparées, c'est le bélier lui-même qui était l'ancienne divinité d'Israël avant la révolution monothéiste car on ne dit pas qui, dans ce chapitre 19 de l'Exode, sonne le schofar... Par ailleurs, le terme hébraïque YoVeL a la même racine que YuVal dont Genèse 4;21 dit justement qu'il fut “le père de tous ceux qui manient la lyre et la flûte.” Or, ce Yuval est aussi un descendant de Caïn... L'ancienne mythologie hébraïque aurait donc mis en relation l'ancienne divinité avec le descendant du premier meurtrier de l'Histoire : les sons du schofar rappelleraient le premier meurtre et chercheraient à nous dissuader de commettre un nouveau crime similaire. D'où le recueillement, voire même l'effroi des fidèles lorsque retentit le son du schofar. La tradition juive ne reprend guère ce type d'explications, elle se limite à voir dans la sonnerie du schofar le réveil de Dieu et la réactivation de sa miséricorde. PUISSIONS NOUS ENTENDRE BIENTÔT LE SON DU SCHOFAR DE LA PAIX Maurice-Ruben HAYOUN |
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