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LE MARTYRE DANS LE JUDAÎSME
(conférence du 16 janvier 2003)
PRÉLIMINIARES :
Si les souffrances endurées et les douleurs ressenties par un
peuple se mesuraient à la longueur des listes de ses morts et suppliciés
en raison de leur foi, alors le peuple juif serait en droit de parler
non point de son Histoire mais d’une martyrologie (Memorbücher
ed par Salomo Salfeld par exemple : à la synagogue de la Victoire,
on donne lecture des morts pour la cause du judaïsme). L’Histoire
nationale ou universelle est constituée de relations d’ordre
militaire, événementiel, diplomatique, religieux, social,
économique et intellectuel. Or, depuis l’apparition du peuple
juifs sur la scène de l’Histoire, les événements
qui marquent son chemin et ses relations avec les autres nations sont
ponctuées de persécutions, violentes et de rejets sanglants.
Ce qui nous mène à la déclaration suivante: depuis
que les Hébreux ont offert le monothéisme éthique
à l’humanité, celle-ci n’a cessé de les
persécuter et, le cas échéant, de tenter de les convertir
de force à d’autres religions.
La question que nous devons traiter ce soir est de savoir :
1) comment les juifs ont réagi face à ces tentatives réitérées
de conversion forcée et dans quelles conditions précises
ils étaient prêts à subir le martyre.
2) Comment ont évolué au fil des siècles ces règles
talmudiques préconisant le martyre ?
3) Comment qualifier ces attentats à la bombe humaine, si je puis
nommer cela ainsi, qui ensanglantent depuis près de trois ans les
rues et les lieux publics en Israël ?
Nous adopterons, comme à l’accoutumée, les subdivisions
suivantes :
1) La définition du martyre, sa désignation dans la langue
hébraïque.
2) La Bible : cas de martyre ?
3) Le Talmud et le Midrash.
a) les règles du fameux dictum rabbinique de YEHARÉG WE
AL YA’AVOR. Trépasser au lieu de transgresser.
b) Les récits du martyre des dix martyrs de Rome (Assara harugué
malkhut)
c) Ne pas oublier le cas de Jésus : Etait-ce un martyr du judaïsme
? Ne disait-il pas : «Le grain qui meurt en terre porte beaucoup
de fruit.» FLAVIUS JOSEPHE ET MASSADA : le sacrifice volontaire
des combattants et de leurs proches.
4) L’époque des Croisades : Les chroniques, Sefer gezérot
ashkénaze we-Tsarfat (Ed. 1947 par Habermann)
(évoquer ce que dit Maimonide dans ses Hilkhot Yesodé ha-Tora
et Joseph Caro dans le Shulhan Arukh (Yoré Dé’a) où
est repris M.M. et un grand nombre de décisionnaires.
5) Les persécutions autour de l’Expulsion d’Espagne
: le phénomène marrane
6) Les persécutions en 1648 des Cosaques et de leur chef Chmielnicki
7) L’époque contemporaine avec la SHOAH
Perspectives
DEFINITION :
Etymologiquement, le terme martyr signifie être témoin, porter
témoignage. Lorsque la tradition chrétienne a prévalu,
le terme commença d’être appliqué aux martyrs
chrétiens qui versèrent leur sang afin de mourir pour respecter
ou honorer leurs convictions religieuses. Ceci a même donné
naissance à un culte des martyres, devenus, comme dans d’autres
religions des intercesseurs importants. Même dans le judaïsme,
on invoque le grand pouvoir intercesseur des martyrs afin qu’ils
mobilisent en notre faveur la miséricorde divine. Plus tard, le
terme, habituellement réservé au secteur religieux, a connu
une sécularisation de son champ sémantique ; et c’est
ainsi que l’on parle des martyrs de la Résistance ou d’
Oradour sur Glane, comme d’une ville martyrisée.
L’expression hébraïque (non biblique) qui désigne
cet acte d’offrir sa vie mais qui ne se confond pas entièrement
avec le martyr est KIDDUSH HA-SHEM ou, dans la phrase largement développée,
shé masru nafsham al –qiddush ha-Shem.
En revanche, dans le livre de Daniel 3 ; 28 il est clairement fait référennce
à l’idée de sacrifice suprême pour témoigner
en faveur d’un Dieu : Nabuchodonosor prit la parole et dit : Béni
soit le Dieu de Shadrak, Meshaq et Abed Nego car il a envoyé son
ange et sauvé ses serviteurs qui se sont confiés en lui
et ONT TRANSGRESSÉ L’ORDRE DU ROI. ILS ONT LIVRÉ LEUR
CORPS PLUTÔT QUE DE SERVIR ET D’ADORER TOUT AUTRE DIEUR QUE
LEUR DIEU.
MAIS CETTE DISPONIBLITÉ AU MARTYRE NE FUT PAS CONCRÉTISÉE
EN RAISON D’UNE MIRACULEUSE INTERVENTION DIVINE (ce qui ne se produisit
point par la suite).
Toutefois, si le terme n’est pas biblique (Qiddush ha-Shem) le concept
l’est puisqu’on l’inclut dans les 613 commandements
la notion de ce Qiddush ha-Shem, en se réclamant de Lévitique
22 ; 31-32 : vous ne profanerez pas mon NOM DE SAINTETE au milieu des
fils d’Israël, moi Q qui vous sanctifie, qui vous ai fait sortir
du pays d’Egypte pour devenir votre D.
DE FAIT LA NOTION DE SANCTIFICAZTION DU NOM DE DIEU ENGLOBE TROIS CHOSES
: LE MARTYRE, UNE CONDUITE MORALE EXEMPLAIRE ET L’ORAISON.
Comment nomme-t-on un martyr en hébreu : QADOSH ou TAHOR. D’où
la mention des qedoshim u-tehorim dans la prière pour le repose
de l’âme des défunts (be-ma’alat qedoshim u-tehorim…
CAS DE MARTYRS DANS LA BIBLE
LE TALMUD ET LE MIDRASH
C’est au cours du II siècle de notre ère que fut arrêtée
l’attitude face au sacrifice suprême à Lod et se trouve
consignée en Snah. 74a-75a : hormis trois cas dûment référencés
(luxure, assassinat et idolâtrie) l’homme juif doit TRéPASSER
ET NE POINT TRANGRESSER. Pour toute autre violation de la Tora sous la
contrainte, l’homme juif doit viser à préserver à
préserver car les «commandements sont donnés afin
de vivre à travers eux.» Toutefois, si la contrainte à
la violation se fait en public, c-à-d devant au moins dix personnes
(le quorum religieux), il faut se laisser tuer. C’est la différence
entre be-parhassia et bi-tséni’a.
Les persécutions d’Hadrien. Le cas où l’amour
de Dieu va jusqu’au martyr :
Jusqu’où peut aller l’amour de l’homme pour
Dieu ? Jusqu’au martyre. L’exemple classique est celui de
rabbi Aqiba et de ses compagnons d’infortune, les dix martyrs de
l’empire romain (assara harugué malkhut). Peter Schäfer
a repris toute la question dans un important ouvrage. C’est en particulier
un verset de l’Exode (20 ;6) qui permet à un Sage comme rabbi
Nathan dire que l’amour de Dieu peut conduire au martyr : «ceux
qui m’aiment et observent mes commandements.» Le Sage explique
dans son exégèse que les Juifs affrontent le sacrifice suprême
pour accomplir la volonté divine. On distingue en filigrane les
affres des persécutions d’Hadrien qui punissait de mort quiconque
observait les pratiques religieuses : «A ceux qui m’aiment.
C’est-à-dire Abraham et ses semblables. A ceux qui observent
mes commandements : les prophètes et les anciens en Terre d’Israël,
ceux-là mêmes qui sacrifient leur vie pour mes commandements.
Pourquoi es-tu conduit au supplice ? parce que j’ai circoncis mon
fils. Pourquoi vas-tu être mis à mort ? Parce que j’ai
récité la Tora et mangé du pain azyme. Pourquoi te
donne t-on cent coups de fouet ? Parce que j’ai pris en main le
loulav (la branche de palmier lors de la fête des Cabanes)…»
Un autre passage talmudique, Berachot 61b, exalte l’amour de l’homme
pour Dieu qui peut conduire au martyr. C’est l’exégèse
d’un verset du Deutéronome (6 ; 5) (en fait la prière
du Shema Israël) qui permet d’insérer ce développement
: «Tu aimeras l’Eternel ton Dieu de tout ton cœur (levavekha),
de toute ton âme (nafshekha) et de tout ton pouvoir (me’odékha).
A l’heure où rabbi Aqiba fut conduit au supplice, c’était
le temps de réciter le Shema. Alors que l’on déchirait
sa chair à l’aide de peignes de fer, rabbi accepta la décision
du Ciel (en récitant le Shema Israël que tout juif pieux doit
réciter en rendant l’âme). Ses disciples s’écrièrent
: Maître, jusqu’ici (= même en cette extrémité
tu te soumets à la loi) ! Rabbi Aqiba leur répondit : durant
toute ma vie le verset suivant m’a tourmenté : …de
toute ton âme , ceci signifie même s’il prend ton âme.
Et je me disais : quand pourrai-je accomplir ce précepte ? Or voici
que l’opportunité m’en est donnée. Et comment
ne l’appliquerais-je pas ?»
Même un verset apparemment anodin du Cantique des Cantiques (1 ;3)
«c’est pour cette raison que les jeunes filles (ALAMOT) t’
aiment» est interprété dans le sens du sacrifice suprême.
Au lieu de lire ALAMOT on préfère comprendre AL MOT ou MAWET,
ce qui veut alors dire : jusqu’à la mort ! Enfin, cette acceptation
du martyre est sanctionnée par un principe théologique :
l’amour de Dieu est infiniment supérieur à la crainte
de Dieu.
L’ÉPOQUE CONTEMPORAINE :
LE Rabbin Isaac Kook a estimé dans son ouvrage Mishpat Kohen que
la détresse rend obligatoire le martyre. D’autres rabbins
comme le rabbin Weinberg, pensent qu’il s’agit d’une
décision facultative ;
La question se posa en 1941 à KOVNO lorsqu’un rabbin dut
se présenter devant l’affidé lithuanien des Nazis
afin d’intercéder en faveur de juifs. Devait-il le faire
au péril de sa vie, ou devait-il refuser une telle mission ? La
réponse fut : on ne saurait le lui ORDONNER mais son sens de la
piété doit le lui commander… Le responsum nous dit
que la mission réussit et le rabbin survécut…
Maurice-Ruben HAYOUN
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