Les autres conférences
Imprimer

 

LA FEMME DANS LE JUDAÎSME
(conférence du 13 mars 2003)

 

PRÉAMBULE

LE MYTHE DE LA CRÉATION.
a) L’origine de la femme comme dérivant de l’homme.
b) La tentation qui intervient par le canal de la femme.
c) La femme, instrument de la chute de l’homme.
d) L’ENFANTEMENT DANS LA DOULEUR
e) Emergence d’un statut particulier, notamment dans la liturgie et le droit
religieux.

PRÉSENTATION D’UN DIT TALMUDIQUE

Nashim da’atan qala aléhém Shab 33b :
Fantasque, influençable, peu fiable etc…

Qiddushin 35a-b et ss= nashim peturot.……
Les femmes sont affranchies ou exonérées des commandements dépendant d’un
temps déterminé ( prières, etc…)

QUESTIONS SUR LE VRAI STATUT DE LA FEMME

PARTICIPATION à la prière

Qol ba-ischa erwa ? (La voix de la femme constitue-t-elle une nudité ?)
on se contentera simplement d'évaluer dans quelle mesure les sources juives anciennes et les codificateurs qui leur ont succédé ont conçu un problème annexe : quelle place doit être faite aux femmes dans les offices religieux :

A) Peut-on prier côte à côte avec elles?
B) Peut-on avoir des chœurs mixtes dans les synagogues?
Les femmes peuvent-elles être appelées à la Tora?
Peuvent-elles lire dans le rouleau de la Tora?
Peuvent-elles donner lecture de la Megilla?


Autant de questions dont les réponses ont été obscurcies par des polémiques
oiseuses..
Exode 15 dit que Moïse et les enfants d'Israël entonnèrent des chants de triomphe ; après eux Myriam et ses choeurs féminins se mirent à danser. On peut en déduire qu'il s'agissait des choeurs simples, i.e. non mixtes. Juges 5 relate que Déborah, cette maîtresse femme et son général en chef Barak avaient entonné un chant de victoire. Si l'on en croit l'intitulé même de l'Ecriture les deux chantèrent ensemble. Mais à y regarder de plus près on constate que c'est Déborah seule qui chantait. Peut-être que Barak lui a succédé à partir du verset qui commence par Biflagot Réuben (dans les rivages de Ruben...) I Samuel 18; 6-7 nous parle des femmes qui vont chanter à la rencontre des victorieux guerriers Saül et David. Apparemment, il n'y avait aucun mal à ce que des femmes chantent en public pour des hommes..
II Samuel 19; 36 Barzilaï dit à David qu'il est trop vieux pour écouter le chant des chanteurs et des cantatrices, ce qui montre que ces dernières se trouvaient bien à la cour royale. II Chroniques 35; 25 parle des lamentations de Jérémie lors de la mort du roi Josias; on y dit que les chanteurs et les cantatrices y entonnèrent aussi des hymnes funèbres.
Jérémie 9; 16 parle aussi de femmes censées entonner des chants tristes.
Psaume 68; 26 parle de "majorettes" (alamot toféfot) qui suivent des chanteurs. Mais s'agit-il vraiment d'un choeur mixte ?
Par ailleurs, si l'on en croit II Rois 22, 14s et Néhémie 6; 14 certaines prophétesses ont tenu des discours. Quelles conclusions peut-on tirer des passages cités supra ?

a) les sexes étaient séparés, comme ce fut toujours le cas à l'époque du second Temple. Et un peu plus tard on prit la décision (Sukka 52a) de placer les femmes au-dessus (d'une hauteur d'homme), ce qui explique dans nos synagogues actuelles l'emplacement de la 'azarat nashim.
b) on ne prenait pas ombrage du chant public des femmes dont la voix n'était pas encore considérée comme une nudité, une erwa. Il ne fallait tout de même pas se griser de la beauté des jeunes musiciennes (cf. Job 31;1 : J'avais conclu un pacte avec mes yeux et je ne faisais pas attention à une
vierge).

Mais le judaïsme rabbinique repose, comme son nom l'indique, non point sur la Bible mais sur l'interprétation talmudique de celle-ci; or c'est le talmud qui a dit kol be-ischa erwa.
A l'origine le terme erwa désigne les parties génitales qu'on ne doit jamais découvrir à la vue des autres: pas un homme, pas une femme ne peut prier nue.
Mais s'il est inconvenant pour tout être moral de prier nu devant la divinité on doit s'entendre sur la question suivante: hormis les parties génitales dont le recouvrement s'impose, que ne doit-on pas montrer par ailleurs ?
En Berakhot 24a rabbi Isaac dit qu'un la largeur d'un empan du corps féminin est une erwa. S'agit-il de sa propre femme ou d'une femme étrangère ? Rashi opte pour le second cas, mais le talmud dit qu'il s'agit de sa femme en présence de laquelle il est interdit de lire le shema ou d'étudier la Tora... Rabbi Hisda ajoute que la jambe d'une femme est une erwa. C'est alors que rabbi Samuel s'écrie: qol be-ischa erwa: La voix même de la femme est une nudité! Rabbi Schéschét ne demeure pas en reste et affirme qu'il en va de même pour la chevelure de la femme: tous deux fondent leurs opinions sur un verset du Cantique des Cantiques.
Qiddusshin 70a relate un fait curieux: rabbi Nachman prie son visiteur rabbi Yehuda de saluer son épouse Yalta, ce que ce dernier se refuse à faire en se réclamant d'un conseil de son maître rabbi Samuel (voir supra) qui disait : la voix d'une femme est une erwa! Il ajoute qu'il n'a pas le droit de converser avec une femme; bien plus tard rabbi Salomon ben Adret (un peu plus policé) dira qu'un salut n'est pas une... conversation...
Avec un sérieux tout talmudique Megilla 15a dresse la liste des appâts féminins et la voix y figure en bonne place. On se reportera aussi à Sanhedrin 75a qui relate le cas étrange d'un homme malade d'amour. Les médecins, accourus à son chevet, firent quelques propositions d'ordre thérapeutique que la morale réprouvait; devant l'indignation des rabbins, ils suggérèrent alors que le patient pût au moins s'entretenir avec sa belle... fût-ce au travers d'un paravent! Ce qui montre bien les miracles que la voix de l'aimée peut accomplir...

Que disait Maïmonide sur cette question fort controversée ? Dans ses Hilkhot qeri'at shema' (§ 3): "Il est interdit de lire le shema' devant une erwa, il faut se détourner pour le faire!... L'ensemble du corps féminin est une erwa, il convient donc de ne pas le regarder quand on lit, pas même s'il s'agit de notre propre épouse dont une infime partie du corps serait découverte. "Dans ses Hilkhot issuré bi'a (unions interdites) § 21; 2 Maïmonide dispose : "Celui qui regarde ne serait-ce que le doigt d'une femme avec une intention concupiscente (we-nitkawwen léhénot) est aussi coupable qu'il s'il avait observé ses parties les plus intimes.. La vue des cheveux de la femme, l'audition de sa voix, autant de erwot !
Un autre codificateur qui vivait avant Maïmonide, rabbi Isaac Alfassi, n'a pas repris les phrases de rabbi Samuel et de rabbi Schéschét dans son compendium. Il semble ne pas les avoir considérées comme des prescriptions contraignantes mais plutôt comme des injonctions que les dévots s'adressent à eux-mêmes (hassidut).

Si l'on doit observer tant de règles en présence des femmes comment les admettre à ses côtés dans la maison du Seigneur? Megilla 23a enseigne qu'une femme peut être appelée à la Tora afin de parvenir au nombre 7 (d'appelés à la Tora). Cependant les Sages ajoutent qu'aucune femme ne doit lire sa péricope par respect pour la communauté. Joseph Caro s'en fait l'écho dans son compendium et Moshé Isserlès se contente de reprendre la toute dernière phrase, celle du respect dû à la communauté. Au fond, on peut tracer la ligne de démarcation suivante: pour Maïmonide et Alfassi on peut avoir des choeurs féminins mais pas mixtes, alors que le Shulhan arukh n'est pas d'accord. Il faut aussi s'entendre sur l'âge à partir duquel on devient homme et femme : 11 ans révolus pour les filles et 12 ans pour les garçons.

Après ces remarques préliminaires, on peut centrer la problématique du corps (et donc de la femme) autour de trois notions fondamentales qui constituent l’ossature du judaïsme rabbinique :

a) Le commandement de la procréation, le premier précepte positif de la Tora qui ordonne de croître et de se multiplier. On se souvient de l’attaque des deux fils du patriarche Jacob, Siméon et Lévy, qui vengèrent l’outrage fait à leur sœur Dina (Genèse 34 ; 31). Usant d’un subterfuge destiné à ménager l’effet de surprise, ils exigent des sujets du roi Sichem et de son fils, auteur du viol, qu’ils se soumettent à la circoncision afin de pouvoir s’unir à des membres du clan de Jacob. Le verset 34 ; 13 fait dire aux enfants de Jacob : “Nous ne pouvons faire cette chose, à savoir donner notre sœur à un homme qui est incirconcis, car ce serait un opprobre pour nous.”
Ce souci s’explique par la volonté de moraliser la sexualité et d’élever ainsi l’homme qui n’est plus condamné à être le jouet de ses sens. Ce souci constant de la Bible hébraïque était déjà perceptible dans les tout premiers chapitres de la Genèse (2 ; 25) qui annonce la première union d’un homme et d’une femme: “C’est pourquoi l’homme laissera son père et sa mère, s’attachera à sa femme et ils deviendront une seule chair.”
Puisque l’homme et la femme sont unis par les liens du mariage – une cérémonie qui, dans le judaïsme, se nomme QIDDUSHIN (sanctifications)- il convient de régler leur sexualité. La halacha définit de façon précise les relations intimes des époux puisqu’ aucune relation sexuelle n’est permise en dehors du mariage. Le but exclusif de l’étreinte amoureuse est, comme on le signalait plus haut, la procréation. Le code religieux du judaïsme orthodoxe, le Shulhan Arukh (la table dressée), compilé au XVIe siècle par Joseph Caro, laisse néanmoins entendre que l’époux doit veiller au bien-être de son épouse lors de leur union intime. Il convient de dire un mot ici du corps de l’épouse et de son statut dans le couple.

On connaît le dictum rabbinique selon lequel la femme est affranchie de l’accomplissement des préceptes religieux : l’expression hébraïque nashim peturot (les femmes sont affranchies…) connaît vingt-trois occurrences dans le talmud de Babylone( quinze fois dans le traité de Qiddusihin (fol. 29a et passim), une fois dans le traité Shabbat ( fol. 62a), deux fois dans le traité Berachot (fol. 20b) etc…
1/ On évoque le port des tefillin (improprement traduits par phylactères) et l’étude de la Tora pour dire que les femmes n’y sont guère astreintes. Une mishna du traité Shabbat explique la mort (prématurée) des femmes en couches par leur absence de vigilance lors des flux menstruels, lors du prélèvement de la pâte et de l’allumage des bougies du chabbat. Ces trois choses consacrent deux rôles de la femme : celui de mère de famille et de maîtresse de maison…

Il est clair que les vicissitudes de l’existence et l’histoire juive ont mis en lumière une activité plus reluisante de la femme : c’est elle, par exemple, qui transmet la judéité (par la matrilinéarité), c’est encore à elle qu’incombe une part non négligeable de l’éducation religieuse de ses fils ; enfin c’est elle qui garantit la valeur rituelle de la nourriture servie dans son foyer.
La place de la femme (i.e. l’épouse et la mère) dans le judaïsme contemporain a beaucoup évolué : En Israël comme aux Etats Unis, des communautés dites conservative revoient considérablement les décisions halachiques concernant ce sujet : certaines femmes s’invitent elles-mêmes à des cours de Talmud, mettent les tefillin (objets de prière) et le châle de prière des hommes, voire même lisent le rouleau de la Tora à la synagogue… Il est probable que les prochaine décennies verront un renversement complet des rapports actuellement en vigueur.

Megilla 23a enseigne qu'une femme peut être appelée à la Tora afin de parvenir au nombre 7 (d'appelés à la Tora). Cependant les Sages ajoutent qu'aucune femme ne doit pas lire sa péricope par respect pour la communauté.
Joseph Caro s'en fait l'écho dans son compendium (Shulhan Arukh) et Moshé Isserlès se contente de reprendre la toute dernière phrase, celle du respect dû à la communauté. Au fond, on peut tracer la ligne de démarcation suivante : pour Maïmonide et Alfassi on peut avoir des chœurs féminins mais pas mixtes, alors que le Shulhan arukh n'est pas d'accord. Il faut aussi s'entendre sur l'âge à partir duquel on devient homme et femme : 11 ans révolus pour les filles et 12 ans pour les garçons.

Une obligation rituelle particulière est attachée à la femme qui se prépare à devenir une épouse : elle doit calculer l’arrivée de ses règles.

Au Moyen Age : entre la philosophie et la mystique.

Le symbolisme sexuel de certaines sefirot du féminin.

Les kabbalistes, et notamment les auteurs du corpus zoharique, favorisèrent le symbolisme et maintinrent à distance tout ce qui pouvait évoquer l'allégorisme maïmonidien qu'ils combattaient. Lorsqu'il se mit à étudier le Guide des égarés, Moïse de Léon n'avait pas manqué d'être étonné par l'approche de Maïmonide qui “démythifiait” la Bible, écartait implacablement les anthropomorphismes, c’est-à-dire les représentations corporelles de Dieu et substituait au Dieu personnel un concept divin. Une telle démarche privait le texte biblique de sa profondeur mystique qui en constituait l'originalité et suscitait l'engouement de lecteurs avertis comme Moïse de Léon. Maïmonide ne concevait la pluralité des sens de l'Ecriture que dans une perspective philosophique: en d'autres termes, le sens profond des versets bibliques ne pouvait être que philosophique et non point ésotérique alors que Moïse de Léon et ses amis visaient, au contraire, un univers mental radicalement différent. Pour eux aussi, comme pour leur illustre source Nahmanide, les versets de la Tora étaient une suite ininterrompue de Noms divins, une sorte de corpus mystique qui ne livrait ses secrets qu'aux adeptes du courant ésotérique. C'est simplement pour en faciliter la lecture et en réserver l'accès aux adeptes authentiques que la coupure en versets fut introduite. Grâce à cette attitude, les kabbalistes médiévaux ont sauvé la notion de “mystères de la Tora”, sitré Tora que la tradition philosophique maïmonidienne et post-maïmonidienne a impitoyablement traduits en concepts philosophiques. Ces mêmes milieux ésotéristes relèvent que l'absence de vocalisation du rouleau de la Tora est délibérée et sert la richesse sémantique du verbe divin qui peut ainsi se lire de différentes façons ;

CONCLUSION :
La transmission du judaïsme par les femmes : al tittosh tora IMMEKHA.
La matrilinéarité.
Judaïsme de la Réforme et judaïsme libéral : Abraham GEIGER (mort en 1874)
L’idéologie sioniste et l’octroi à la femme d’un rôle important dans l’édification de l’Etat.
Mais des points de résistance demeurent : le statut de l’ AGUNA. Certaines réceptions officielles au cours desquelles on ne peut donner la parole aux femmes qui s’adresseraient alors à la communauté depuis la choir…
Beaucoup reste à faire.

Maurice-Ruben HAYOUN