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LE MESSIANISME, LA SECULARISATION,
LA TERRE PROMISE, LE PEUPLE ELU
(conférence du 12 décembre 2002)
REMARQUES PRÉLIMINIARES :
1) Pourquoi une telle conjonction ? Quels sont les liens qui relient
ces quatre notions ?
2) Nous parlerons du phénomène messianique et de ses avatars
historiques et non point de la figure du MESSIE dont on dira cependant
quelques mots.
3) L’idée de sécularisation indique que des valeurs
originellement religieuses ont été transférées
du domaine de la théologie à celui de l’histoire profane
ou de la politique.
4) Enfin, l’idée de terre promise et celle de peuple élu
(préciser la traduction de AM SEGULLA et MAMLEKHET KOHANIM) sont
en corrélation. L’une ne va pas sans l’autre.
LE MESSIANISME
On pourrait à l’époque de Zerubabel, lors du premier
retour en Terre sainte . Ceci ferait remonter les aspirations messianiques
à une époque fort ancienne.
L’hébreu possède un terme pour désigner le
MESSIE, c’est HA-MÉLÉKH HA-MASHIYYAH, le roi-Messie,
c’est-à-dire le roi oint, qui a reçu l’onction
divine par l’intermédiaire de l’envoyé de D-,
le prophète, en l’occurrence SAMUEL qui oignit SAÜL
et ensuite DAVID. Après cela, l’histoire de la monarchie
davidique est quasi inséparable de l’idée messianique.
Mais pour désigner le messianisme proprement dit, la théologie
rabbinique parle des YEMOT HA_MASSHIYYAH, c-à-d l’époque
messianique. Isaïe II (repris par Michée 4) parle de la fin
des temps, c-à-d de la fin de l’Histoire, lorsque le temps
ne s’écoule plus car il s’est figé en éternité.
Les passions, les conflits, toutes les contradictions qui, comme le dira
Hegel, constituent le moteur de l’Histoire, auront disparu. Le temps
aura achevé sa course et la nature elle –même ne sera
plus la même. En Isaïe 11 ; 1-11, on trouve le vrai programme
de l’époque messianique : c’est un rejeton de Jessé,
donc davidique qui règnera par la justice et l’équité.
LA GE’ULLA UVA LE-TSYON GOEL : Isaïe 59 ; 20.
Quelles sont les grandes articulations de l’expérience
messianique dans la Bible hébraïque ? On peut en distinguer
trois :
a) dans le livre de Samuel (II, 22 ; 50-52 : D- jette son dévolu
sur David et sa descendance afin qu’ils règnent sur Israël.
b) Après l’effondrement du royaume hébreu, consécutif
à la disparition de Salomon, l’espoir est exprimé
de voir renaître la splendeur de jadis. Cette aspiration se retrouve
chez différents prophètes et les Psaumes, notamment le Ps
18.
c) La gloire disparue est désormais remplacée par la figure
éthique d’un Messie (Isaïe XI). On assiste donc à
un processus de spiritualisation.
d) Et l’universalisation.
Dans l’Antiquité juive, on peut évoquer deux figures
messianiques qui ont marqué l’Histoire et qui caractérisent
bien la période du second Temple :
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a) Jésus en qui les Chrétiens voient plus un Sauveur qu’un
agent ou un envoyé de Dieu
b) Et Bar Kochba qui suscita entre 132 et 135 les terribles persécutions
d’Hadrien. (Lamentations Rabba 2 ; 4)
La littérature rabbinique
parle de BEN DAVID (ya’alu asabim al lehyékha u-Ben David
lo ba) de MALKA MESHIHA.
Les Sages se demandent à quel moment est né l’idée
messianique ou le Messie lui-même ? Certains sont d’avis que
l’idée préexistait à la création. Le
talmud (Sanh. 98b) parle d’un lépreux qui souffre à
cause des péchés d’Israël.
Ils se demandent aussi quand aura lieu son avènement ? Curieusement,
ils répondent par la formule suivante : Le Messie ne viendra que
lorsque……… EYN BEN DAVID BA AD shé
La littérature rabbinique parle beaucoup des affres qui précèdent
l’avènement du Messie : HEVLE MACHIYYAH
Le messianisme sonnera le glas de la galut, de l’exil. Ce qui renforce
l’idée de la renaissance nationale et du rassemblement des
exilés.
D’une certaine manière, l’avènement messianique
marque le début du royaume de D- sur terre (MALKHUT SHAMAYIM).
Voir aussi l’expression talmudique : le-takken ‘olam be-malkhut
SHADDAY.
LA PENSÉE JUIVE MÉDIEVALE :
1) Moïse Maimonide et ses Lois royales (Hilkhot melakhim). L’auteur
ne de développe pas de vues apocalyptiques. Israël sera libéré
du joug des oppresseurs, mais le cours naturel des choses ne sera pas
interrompu. Maimonide s’inscrit donc faux contre certaines déclarations
talmudiques.
2) Moïse ben NAHMAN et la Dispute de Barcelone en 1263 : le Messie
est certes attendu, mais sa venue ne changera en rien notre haut degré
d’attachement ni notre fidélité aux lois de la Tora.
3) Joseph ibn Kaspi (mort en 1320) de Largentières évoque
l’époque où le peuple juif retrouvera sa souveraineté
et vivra librement sur la terre de ses ancêtres.
4) Au moment de l’expulsion des Juifs d’Espagne, on sent l’éclosion
d’aspirations messianiques qui s’expliquent par des persécutions
paroxystiques : (Voir notre Historiographie juive en QSJ ?)
MESSIANISME ET SECULARISATION
On entend dans ce contexte précis par sécularisation,
non point la confiscation des biens de l’Eglise mais la mise en
œuvre, aux plans social, philosophique et idéologique, de
valeurs originellement religieuses. D’où l’intérêt
de l’œuvre de Max Weber pour la sociologie des religions, mais
aussi celle de Ernst Troeltsch, notamment dans son livre Die Soziallehren
der christlichen Kirchen und Gruppen, sans oublier l’apport du théologien
Adolph von Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte (1886-89).
On passe donc du plan de la transcendance à celui de l’immanence
historique.
Dans le troisième chapitre de sa Politische Theologie (1922) Carl
Schmitt écrivait que :
tous les concepts politiques les plus saillants des sciences politiques
modernes sont des concepts théologiques sécularisés.
Mais SECULARISER C’EST AUSSI SPIRITUALISER LE RÉEL, L’ÉLEVER
Comment l’idée messianique a-t-elle été sécularisée
? Martin Buber, Gustav Landauer, Gerschom Scholem font partie de ceux
qui ont voulu séculariser les valeurs du judaïsme.
LE PEUPLE ELU,
Bahar, behira. Deut. 18 ; 5
Mais l’élection comporte non point des privilèges
mais des responsabilités. Le rédacteur deutéronomique
insiste avec son ton exhortatoire sur l’élection d’Israel,
l’amour que D lui porte et la nécessité de vivre selon
la volonté divine.
DANS la prière pour la montée à la Tora, on dit bien
«qui nous a choisi» et «qui nous donné sa Tora.»
: l’élection est donc liée à la remise de la
TORA ET A SON OBSERVANCE.
Juda HALEVY dans son Kusari défend l’élection unique
d’Israël.
Les kabbalistes lourianiques vont jusqu’à dire que les âmes
d’Israël proviennent de D- alors que celles des nations viennent
des kelippot.
LA TERRE PROMISE : LES IMPLICATIONS THÉOLOGIQUES DE LA
CRÉA TION DE L’ETAT D’ISRAÊL.
LE SIONISME
CONCLUSION = Le religieux ne doit pas déterminer
le politique, sauf dans une forme éclairée et élevée.
Sinon c’est la porte ouverte au fanatisme.
Maurice-Ruben HAYOUN
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