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MAIMONIDE ET LE DIALOGUE DES CULTURES :
JUDAÏSME, HELLENISME ET ISLAM
(conférence du 10 octobre 2003)

 

Introduction :
Moïse Maimonide avait une approche dénuée de préjugés ; il procède à une critique raisonnée des traditions religieuses.
Un homme à cheval sur trois univers et qui pensait en GREC, écrivait en ARABE et priait en HEBREU.
Peut-on parler de cultures au pluriel, ne s’agit-il pas, en réalité, d’un fonds commun à l’humanité mais qui se décline différemment suivant les latitudes et les cultures.
Mais qu’est-ce qu’une culture ? N’existe-t-il pas une culture universelle, comme il existe une philosophie générale, une pensée humaine ? Une Culture Universelle englobant toutes les autres et dont les idéaux puissent se résumer en deux points :
PENSER LE VRAI
FAIRE LE BIEN

La religion, l’appartenance religieuse fait-elle partie de la Culture ? Est-ce que la religion juive constitue une partie de la culture juive ? Maimonide ne scindait pas cette réalité protéiforme qu’est le judaïsme en des catégories distinctes même s’il admettait la classification des sciences de son temps : la grammaire, les mathématiques, la physique, la métaphysique et l’éthique.
A ses yeux, le seul problème qui comptait était celui de l’ÊTRE et de la VERITE, laquelle n’est l’apanage exclusif d’aucune nation.
Chaque CULTURE ou forme de culture génère une tradition, le plus souvent de nature ou d’origine religieuses qui sert de depositorium, de réservoir à ses croyances, à son passé et à sa vision de l’univers. On chercherait difficilement un seul vocable pour désigner cette réalité aux multiples facettes : TARBOUT ne convient pas. MASSORET signifie tradition. Et HOCHMA veut dire sagesse. Il manque un terme générique englobant l’ensemble.
Une précision : si on laisse provisoirement de côté le christianisme, ce n’est pas par ostracisme mais simplement parce que Maimonide est un produit de la socio-culture judéo-arabe alors que d’autres, notamment ses successeurs furent imprégnés de culture chrétienne : Maimonide n’a pas déclaré le christianisme religion strictement monothéiste en raison, probablement, des croyances trinitaires, mais procéda à cette démarche pour le cas de l’Islam. Deux siècles plus tard, un penseur aussi éminent, vivant au XIVe siècle à Perpignan (Rabbi Menahem ha-Méiri) a déclaré le christianisme religion monothéiste car il vivait en milieu chrétien, savait ce que les Chrétiens entendaient par cette divinité trine.

Si les cultures sont conditionnées ou ordonnées selon des critères d’ordre religieux, elles n’en demeurent pas moins structurées par des VALEURS universelles, aptes à transcender les appartenances particulières : en principe, et dans l’ensemble de l’humanité civilisée, la Vie a partout la même valeur, la VERITE constitue l’objectif suprême, le BIEN l’objectif de tous.
Ce sont ces valeurs TRANSVERSALES et UNIVERSELLES DES CULTURES qui permettent de générer une CULTURE UNIVERSELLE UNIQUE au sein de laquelle évoluent et se retrouvent tous les savants et les hommes de culture de toutes les nations et de toutes les religions… CE POSTULAT CONFIRME L’EXISTENCE D’UN DIALOGUE DES CULTURES. Mais qui dit dialogue entend aussi ou présuppose des divergences et des convergences :
Prenons le judaïsme et l’Islam qui font fond sur la révélation, à savoir une communication directe entre Dieu et les hommes par l’intermédiaire d’un prophète : comment les adeptes de ces religions monothéistes peuvent-ils dialoguer avec les Grecs, découvreurs de la philosophie et adeptes du polythéisme ?
Et pourtant, ce fut le pari qui fut réussi par toute la tradition philosophique gréco-musulmane (Al-Farabi, Al-Kindi, Avicenne, Averroès, Ibn Badja et Ibn Tufayl) et la tradition judéo-arabe (Salomon Ibn Gabirol, Abraham ibn Ezra, Maimonide, Moïse Narboni, Joseph ibn Caspi etc…)
Nous allons examiner comment Maimonide a prôné ce dialogue entre son judaïsme d’une part et l’hellénisme et l’Islam d’autre part.

Rappelons le point de départ de la spéculation maimonidienne : face au désarroi que ressent le juif religieux, fidèle à sa tradition mais aussi adepte de la recherche philosophique, il convient de donner aux EGARÉS UN GUIDE. D’où le titre du livre. Mais au lieu de pratiquer l’AUTARCIE INTELLECTUELLE ET MORALE, Maimonide se tourne vers une pensée polythéiste, certes, mais bien armée au plan intellectuel (syllogisme, Physique et Métaphysique).
Aux GRECS il emprunte l’instrument syllogistique du raisonnement juste et adéquat et aux ARABES il emprunte rien moins que la méthode d’interprétation non littérale (TAWIL), allégorique de la Bible. CE QUI N’EST PAS RIEN.

 

LES CONDITIONS DU DIALOGUE


LE JUDAÏSME DE MAIMONIDE

Un judaïsme ouvert, conscient des valeurs qu’il incarne mais aussi désireux de s’ouvrir et de pratiquer une exégèse dialoguale. Un judaïsme qui ne réduise pas la portée du verbe et de la révélation de Dieu à sa seule portée ou convenance. Un judaïsme qui s’occupe autant de ses adeptes (Dix commandements) que de l’écrasante majorité de l’humanité (les sept lois des Noahides). Un judaïsme instruit de l’exacte nature de son essence et en mesure de séparer l’essentiel de l’accessoire, le transitoire du permanent.
Maimonide a pu montrer qu’au-delà de la pratique religieuse simple il y a un univers qui s’ouvre au regard de ceux savent interroger correctement le verbe divin.

CE QUE MAIMONIDE A EMPRUNTÉ À L’HELLÉNISME :

Une approche intellectuelle ; la recherche du vrai à l’aide d’instruments qui ont fait leurs preuves.
Une méthodologie : l’observation des faits, leur analyse et la démonstration. Le rapprochement entre deux univers : monothéiste et païen. Affinités idéologiques entre l’univers de la physique et celui du Maassé beréchit d’une part, l’univers de la métaphysique et celui du Maassé Merkaba. Cette équivalence, ce postulat, à lui seul, établit une passerelle entre deux formes de pensées condamnées à se tourner le dos. Sans le legs spirituel de l’hellénisme, nous n’aurions pas eu de philosophie ni de théologie médiévale, juive, chrétienne et musulmane. Et les Lumières de Cordoue n’auraient pas précédé celles de Berlin.
Insister sur la notion de transfert culturel (traductions, adaptations, emprunts etc…)

CE QUE MAIMONIDE A EMPRUNTÉ À L’ISLAM

Maimonide appartient à l’univers socio-culturel et linguistique de l’Islam puisque son apprentissage philosophique s’est en langue arabe, auprès de penseurs arabes et sur des textes gréco-arabes.
Mais pour préserver son intégrité religieuse et son essence profonde, Maimonide n’a pas abandonné son identité juive qu’il a voulu enrichir au contact d’autres : pour l’Islam, il est vrai que celui-ci fut le premier à emprunter
Les grandes sources philosophiques de Maimonide sont : Al-Farabi, Ibn Badja, Ibn Tufayl et Avicenne. Averroès a influencé surtout ses commentateurs.


LES FRUITS DU DIALOGUE

a) Le recul de l’intolérance b) La suppression du fanatisme.
c) La disparition de l’exclusivisme religieux. d)la paix.
L’émergence d’une culture universelle, unifiée, qui s’adresse à tous, en respectant les différences de leurs traditions religieuses ; respect de l’Autre.
Unir ses efforts contre les vraies plaies qui tourmentent l’humanité : la maladie, la famine, l’ignorance.
Parvenir à ce que chacun d’entre nous réponde par un oui clair et définitif à la question qui nous vient du fond des âges :
SUIS-JE LE GARDIEN DE MON FRÈRE ? OUI JE SUIS LE GARDIEN DE MON FRÈRE.

Maurice-Ruben HAYOUN