TORAH & MITSVOT
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Chavouot

Chavouot, c'est quoi ?

Guide du fidèle 2008

Introduction au livre de Ruth

Traductions et Commentaires


Chavouot, c'est quoi ?

Chavouot signifie "semaines" car cette fêtes tombe 7 semaines après Pessah , et rappelle la révélation des 10 commandements au Sinaï.

Au plan agricole, Chavouot marque le début de la moisson du blé en Israël.

Au plan religieux, Chavouot conclut la libération physique du peuple d'Israël, car en acceptant la Torah, Israël devient vraiment le témoin de Dieu et responsable de Son message aux yeux des nations.

En diaspora, Chavouot dure 2 jours : le 6 et le 7 Sivan.

Guide du fidèle 2008



 

Introduction

Le Livre de Ruth fait partie des cinq rouleaux ou méguiloth, qui se trouvent dans les Hagiographes ou Kétouvim, et qui sont lus lors de quelques fêtes toraïques ou rabbiniques.

Chir hachirim, Cantique des cantiques : Chabath et Pessah
Routh, Ruth : Chavouoth (on lit aussi Michlé ou Proverbes, il vaut mieux traduire Paraboles)
Kohéleth, L'Ecclésiaste : Souccoth
Esther : Pourim
Ekha, Lamentations de Jérémie : 9 av

Le choix de Ruth à Chavouoth est d'abord justifié par le fait qu'une partie du récit se déroule en Israël, durant la moisson des blés, qui est justement la période dans laquelle tombe Chavouoth.Nous verrons qu'il existe d'autres liens entre cette fête et le rouleau de Ruth.

 

Traductions et commentaires

Verset 1

"Et il arriva aux jours où jugeaient les Juges, et il y eut une famine dans le pays. Et un homme de Bethlehem en Juda parti pour séjourner dans les champs de Moab, lui et ses femmes et ses deux fils."

 

Commentaire

Le livre des Juges
Le récit de Ruth se situe à l'époque des Juges (Choftim), c'est-à-dire entre le moment où les enfants d'Israël s'installent dans le pays de Canaan et le moment où la première royauté est proclamée avec Saül. Toute cette période est décrite dans le livre des " Juges ", deuxième livre des Néviim ou Prophètes. Durant cette période, chaque tribu vit en quelque sorte en " autogestion ", seules les trois fêtes de pèlerinage rassemblent les tribus, afin de reformer l'unité nationale comme lors de la sortie d'Egypte.
L'époque des Juges est surtout marquée par une infidélité permanente du peuple d'Israël à l'Alliance du Sinaï. Cette infidélité du peuple se traduit surtout par un syncrétisme religieux, c'est-à-dire un mélange entre hébraïsme et religion locale, ce qui pour la Torah est bien sûr une aberration.

Constatant cette infidélité, Hachem livre la ou les tribus amnésiques à la tutelle de ou des peuplade(s) païenne(s) environnantes.

Ployant sous de lourds impôts et méprisé du dominateur, le peuple se repend et crie vers l'Eternel qui suscite alors un libérateur, héros de guerre, qui délivre ses frères, et juge (au sens du pouvoir politique) sa tribu jusqu'à sa mort. Les Juges les plus célèbres sont Déborah (eh oui une femme !), Gédéon, Samson et Samuel. Tous les Juges ne sont pas des exemples de piété (Jephté par exemple qui sacrifiera sa propre fille après sa victoire), mais ils aiment leur peuple et leur apportent la liberté.

L'objet du livre des Juges est de montrer qu'une vie nationale en adéquation avait les principes du monothéisme éthique est extrêmement difficile à maintenir. L'idéal biblique appelle une vigilance permanente pour ne pas tomber dans les pièges de l'idolâtrie et dans les tentations de l'injustice et de l'immoralité. Et pourtant la volonté d'Hachem passe par-là : Israël doit être le peuple témoin de la Révélation, témoin d'Hachem, installé sur la terre des promesses, comme cela fut annoncé à Abraham dès sa première prophétie (Gn. XII,2).

Aux jours où jugeaient les Juges
Rachi traduit autrement le verset : "aux jours où l'on portait un jugement sur les Juges".

Une société où les Juges sont eux-mêmes jugés est une société en chute morale. Rachi veut justifier la famine. Pour la Bible, il existe en effet un lien entre la morale et la nature. Cela n'est pas évident ! Quand la Torah dit par exemple: " Si vous écoutez Ma voix, Je vous donnerai la pluie en son temps " (Deut. XI, deuxième paragraphe du Chéma), elle crée un lien entre l'accomplissement de la Torah et la chute des pluies. Un météorologue pourrait être surpris d'une telle affirmation. Si la pluie tombe, dirait-il, c'est parce que les conditions climatiques (pression atmosphérique, température) sont réunies. La Torah, qui ne peut nier ces principes, se situe sur un autre plan. Hachem est le créateur de la nature et Il est celui qui révèle la loi morale. Israël en acceptant la Torah subordonne sa vie physique à sa vie morale et spirituelle.

En d'autres termes, si la famine s'abat ici sur la terre de Canaan, Israël doit réfléchir à ses manquements sur le plan du respect des mitsvoth et notamment sur la mitsva de la dîme. Les Pirkey Avoth (Chapitres des Pères) enseignent (V.8) que la famine survient notamment quand le peuple ne donne plus le maasser, la dîme qui était l'impôt sur les récoltes et le bétail que l'on offrait aux prêtres (cohanim). Donner la dîme c'est faire acte de dépossession vis-à-vis de celui qui par définition n'a pas de terre, puisqu'il est consacré au service du Temple. En refusant, même par négligence, d'accomplir ce commandement, la société révèle une sorte d'individualisme douteux, le chacun pour soi qui est la porte à tous les abus.

Et un homme
Le mot ich dans la Bible désigne l'homme relationnel, l'homme moral, par rapport à adam qui désigne l'humain en général. Par extension, il peut désigner l'envoyé d'Hachem, (comme les trois " hommes " qu'Abraham reçoit et qui sont envoyés pour lui annoncer la naissance d'Isaac ou l' " homme " qui lutte avec Jacob est qui est un ange), voire Hachem Lui-même, comme dans le cantique de la mer Rouge (mer des Joncs) : " Hachem est un ich de guerre ". Ici il désigne à la fois le mari, mais d'abord un riche propriétaire, un notable de la tribu de Juda.

Bethlehem en Juda
Bethlehem veut dire " maison du pain ". La ville était connue à l'origine pour ses moulins et ses boulangeries. Au niveau de la symbolique, l'information est intéressante. Le lieu où l'on fabrique le pain se trouve dans le territoire de Juda (il existait également Bethlehem dans le territoire de Zabulon, cf. Josué XIX, 15), or Juda est la tribu de la royauté, d'où sera issu David.

Juda est dès l'origine appelé par le patriarche Jacob " le jeune lion " (Gn. XLIX,9). L'influence de ce quatrième fils s'était en effet révélée dans l'affaire de la vente de Joseph et celle de Benjamin (cf. Gn. XXXIII à XLVI). La royauté, le pouvoir politique, implique la responsabilité, gérer le partage des richesses, faire en sorte que chaque citoyen mange à sa faim. Ici, cet homme, ce notable s'enfuit, il ne joue plus le rôle d'un véritable fils de Juda. Certes, Abraham et Isaac s'étaient expatriés lors des famines qui arrivèrent en leur temps (Gn. XII,10, XXVI,1), mais ils partirent avec les gens de leur maison, ils restèrent responsables. Ce que reproche la tradition à Elimélekh est sa lâcheté.

Pour séjourner
" pour séjourner " et non pour demeurer, telle en tout cas, la première intention de la famille, par la suite nous verrons que le provisoire prendra un caractère permanent. Il y a là une attitude générale du juif qui s'installe dans l'exil et qui finit par devenir citoyen du pays d'accueil. C'est une constante de l'histoire juive.

Dans les champs de Moab
Moab est un territoire fertile (II Rois III,4), à l'est de la mer Morte. Moab veut dire " de mon père ". En effet, l'ancêtre de ce peuple est le fils issu de l'union incestueuse entre Loth et sa fille aînée (Gn. XIX,37) après la destruction de Sodome. Au plan typologique, l'on trouvera chez Moab la tension entre l'hospitalité de la famille d'Abraham et la xénophobie des Sodomites. Cette haine de l'étranger s'exprimera dans le livre des Nombres (XXII,1) quand Moab tentera de maudire Israël via Bilaam et refusera d'offrir le pain et l'eau (Deut. XXIII,4), alors que l'hospitalité s'exprimera par Ruth justement.