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L’apport du Judaïsme à l’humanité : une fraternité accomplie, Par le rabbin Mikael Journo

Mercredi 24 janvier 2018

 

Puisque nous sommes tous frères et sœurs nous devrions immanquablement nous entendre, nous aimer.

Mais la vie collective est loin de confirmer cette réalité. La Torah nous pousse à réfléchir aux relations humaines et familiales. On trouve dans le livre de la Genèse un fratricide : Caïn tue Abel. Cet événement a donné naissance à d’innombrables commentaires qui se poursuivent aujourd’hui encore sur le thème de la fraternité.

Le récit se poursuit par d’autres difficultés qui relient les frères ou l’on trouve une succession de tromperies, de jalousies, de rivalités. Comment ne pas s’interroger sur la relation entre Ismaël et Itzhak, Jacob et Esaü, Joseph et ses frères.

Comme si toutes ces péripéties avaient pour finalité de montrer que l’humanité pour atteindre le bien devait résoudre la question primordiale de la fraternité.

Il faut attendre le second livre de la Torah, Chemot pour rencontrer des frères qui s’aiment et qui se respectent : Moise et Aaron.

Au point que le psalmiste s’exclame à leur propos « qu’il est beau et agréable deux frères qui siègent ensemble ».

Ce que nous montre la Torah autour de la fraternité c’est qu’on ne peut pas faire l’économie de la réflexion sur la complexité de l’âme humaine et de ses contradictions.

La Torah n’est pas un conte de fée mais un compte de faits.

A partir de préceptes moraux, l’homme doit approfondir son être pour le rendre conforme avec les valeurs exprimées dans la Torah.

On le voit la Torah ne dresse pas le portrait d’une société idéale dans laquelle tout le monde serait beau et gentil.

Elle décrit des événements avec ses ambigüités pour que chacun dans son action en tire des enseignements pour aller vers le meilleur.

A travers l’histoire de Caïn et Abel mais aussi des autres fratries, la Torah nous conduit à réfléchir sur les difficultés des relations humaines dans la société ou l’intérêt supérieur est souvent concurrencé par un égoïsme et une volonté de domination qui conduit souvent aux pires situations.

La Torah ne dissimule pas l’effort à fournir pour aller à la rencontre de l’autre en se départissant d’un regard qui ne serait pas uniquement tourné vers soi.

Etre frère ne suffit pas à instaurer une relation de fraternité chaleureuse, cela exige un lien de solidarité qui passe inéluctablement par la prise en compte des autres dans son cheminement.

On comparera avec profit l’intention du récit biblique avec le mythe latin de la fondation de Rome : Romulus tue Remus.

Là le meurtre est glorifié et c’est lui qui fonde la cité romaine ou la légalité finira par prendre le pas sur la moralité.

Pour Hannah Arendt (Essai sur la révolution)

« Tout commencement est intimement lié à la violence, les Commencements légendaires des antiquités tant bibliques que classiques semblent le prouver :

Caïn supprime Abel, Romulus tue Remus, la violence est le commencement, aucun commencement ne pourrait se passer de violence ni de violation ».

« Toute fraternité dont les humains sont capables est issue de fratricide, toute organisation politique que les hommes soient parvenus à bâtir tire son origine d’un crime ».

La grande différence qu’on peut établir entre la morale de Rome et la Torah c’est que sur un meurtre originel deux sociétés se fondent dans des directions différentes.

Le meurtre de Remus permet l’édification de l’empire romain qui deviendra glorieux mais qui s’écroulera à terme.

L’assassinat d’Abel par Caïn est une source permanente d’approfondissement pour faire en sorte que la société sorte de sa violence pour atteindre le temps messianique ou l’homme ne sera pas un loup pour l’homme mais un soutien en toutes circonstances et ensemble lutter contre la souffrance et le malheur.


 

Texte paru dans Actualité Juive

 

 


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