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Le Beth-Din de Paris, modèle d’orthodoxie pour le monde juif

Lundi 19 septembre 2016


On soupçonne parfois le tribunal rabbinique de la capitale de laxisme relatif. Un préjugé ancien qui correspond au… contraire de la réalité. Ses décisions et méthodes de surveillance sont reconnues pour leur extrême rigueur par les plus hautes autorités halakhiques en Israël comme en diaspora.

 

Le Beth-Din de la capitale est-il moins orthodoxe que… les autres ? C’est le contraire qui est vrai. Il est l’un des plus stricts du monde sur le plan halakhique. C’est le fruit d’une longue histoire. Dès les années 60, le grand rabbin Rahamim Naouri zatsal, qui officiait à Bône (Algérie) avant de devenir président du tribunal rabbinique de Paris, a souhaité faire du Beth-Din un modèle d’exemplarité et d’intransigeance. Comme aujourd’hui, certains soupçonnaient pourtant les dayanim de laxisme - sans le moindre fondement. Il est vrai que le mode de vie des cadres communautaires n’était pas aussi cacher qu’à notre époque. Mais le Beth-Din, lui, était irréprochable.


Reconnu en Israël comme partout en diaspora, il prend des décisions quelquefois surprenantes tant elles sont empruntes de rigueur et de pointillisme. En matière de cacherout, par exemple, qui sait que les veaux et agneaux labellisés par le tribunal rabbinique de Paris relèvent de la catégorie « H’alak Beth Yossef » ? Cette appellation fait référence à une surveillance particulière et rare visant à vérifier la perfection des poumons de l’animal après la cheh’ita (égorgement de l’animal). Certains labels réputés « orthodoxes » ont le plus grand mal à donner leur imprimatur à des viandes « H’alak Beth Yossef », car la procédure est très complexe. Le Beth-Din de la capitale, de son côté, va jusqu’au bout des exigences halakhiques.


Il est présidé de droit par le Grand Rabbin de Paris, Michel Gugenheim, mais il n’y a plus d’Av Beth-Din (chef du Beth-Din) stricto sensu depuis l’alyah du dernier titulaire du poste, en décembre 2012, le rav Irmiyahou Hacohen. Le Consistoire souhaite le remplacer, mais n’est pas parvenu jusqu’à présent à trouver la perle recherchée. Les qualités et connaissances requises, en effet, sont immenses.


Le Grand Rabbin Gugenheim souligne que si les chomrim, qui surveillent notamment le processus de fabrication et de vente des produits cacher, étaient plus ou moins sérieux autrefois, en revanche la ligne orthodoxe du tribunal n’a pas varié depuis un demi-siècle. Et les chomrim sont animés à l’heure actuelle par une rigueur absolue.


Cela explique la confiance jamais démentie des plus hautes autorités rabbiniques israéliennes ou américaines à l’égard du Beth-Din de Paris qui délivre notamment les certificats de judaïcité, sésame indispensable pour l’alyah. Le nombre de rabbins chargés de ces certificats a beaucoup augmenté en quelques années, afin de satisfaire une demande exponentielle.


Si le Grand Rabbin Gugenheim regrette un certain émiettement communautaire entre différents courants religieux, il a conscience de maintenir vaille que vaille l’unité et la grande pérennité du judaïsme français, du fait de l’importance pratique et symbolique du tribunal dont il a la charge. Son autorité morale, dans un contexte de réappropriation identitaire dont il se félicite, lui permet de défendre quelques traditions françaises à l’étranger. Ainsi, il encourage le développement des écoles de Terre Sainte sur le modèle hexagonal, qui offre aux élèves peu religieux la possibilité de côtoyer des enfants issus de milieux très pratiquants. Une émulation inconnue dans le système traditionnel israélien.

 

 


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