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Guerre 1914-1918 : Barouch Aidane, raconté par son fils

Lundi 16 février 2015


Suite à notre annonce invitant les lecteurs à nous communiquer des documents sur les aïeux ayant participé à la Grande Guerre, beaucoup d’entre vous ont répondu, preuve de l’intérêt que vous portez à notre patrimoine communautaire.

La collecte continue… Alors, à vos archives familiales  !



Barouch Aidane, raconté par son fils Marcel


Barouch Aidane est le fils de Haï Aidane et de Nedjma née Duran. D’origine tunisienne, son père s’était installé à Alger et s’y était marié. La famille parlait principalement le judéo-arabe. Aussi, en 1889, lorsqu’il vint déclarer la naissance de son enfant à la mairie, l’employé municipal lui demanda ce qui signifiait le prénom de Barouch. Haï répondit : « Béni ». C’est ainsi que Barouch fut inscrit sur le registre Barouch, Bénédict, Jules Aidane.


A dix-neuf ans, Barouch perdit son père. Fils d’un étranger et né en France, il opta alors pour la nationalité française et à vingt ans effectua son service militaire. Il reçut le grade de sergent. Lorsque la guerre éclata, il fut incorporé au 161e régiment de tirailleurs et servit de sergent brancardier. A cause des gaz, il fut victime de l’ypérite, une maladie des yeux. Cela ne l’empêcha pas d’obtenir la Croix de Guerre et la médaille de Verdun !


Son fils Marcel, aujourd’hui âgé de 90 ans et résidant à Jérusalem, nous livre deux histoires authentiques au sujet de Barouch.


Dans son régiment, ce dernier était réputé pour avoir une voix de stentor. Sur le front, il chantait surtout des morceaux d’opéra. Un jour de décembre, un officier lui demanda d’aller à l’arrière, dans le village le plus près, pour entonner le chant du Minuit chrétien. Il s’exécuta et fut vraisemblablement l’un des rares Juifs à vivre en harmonie Noël avec des villageois !

Le lendemain, il rejoignit son régiment et apprit que sa compagnie avait été entièrement décimée par les obus et la mitraille ennemis. La fête de Noël lui avait sauvé la vie !


Dans la tranchée, Barouch avait un caporal qui se nommait Chouraqui. Celui-ci lisait attentivement une lettre de sa femme. Soudain, Barouch entendit des bruits de moteur. Il lui cria : « Voilà des Taub (avions allemands) ! » Pris dans sa lecture, ému sans doute, Chouraqui lui répondit en judéo-arabe : « Barekh fik » ce qui signifie « autant pour toi ». Barouch fut étonné alors que le danger menaçait. Chouraqui se leva et, avec joie, lui annonça qu’il était père d’un petit garçon. Il avait alors cru que Barouch lui avait dit « Bessiman tob » !


Démobilisé à la fin de l’année 1918, Barouch revint à Alger et se maria quelques mois plus tard.



Barouch Aidane

 Barouch Aidane, marié en 1919.


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