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Sachons nous aussi refuser l’exclusion par Joël Mergui



Par delà le deuil qui nous frappe tous en la personne du Grand Rabbin de Paris, la bonté et le sourire lumineux de David Messas (zal) autant que son amour pour la Torah nous laissent un enseignement qu’il nous appartient de mettre chaque jour en application hors du temps de collecte de la campagne annuelle pour la Tsedaka.



Si la Tsedaka est d’abord et avant tout une action de justice sociale qui vise à rétablir par le don et l’engagement individuel le déséquilibre d’une situation sociale inégalitaire, elle obéit à un commandement cher à David Messas (zal) qui, parce qu’il était un homme de rassemblement et parce qu’il aimait notre communauté, ne supportait pas l’exclusion ni la possibilité que quiconque puisse être exclu de notre société comme de notre commune famille qu’est le judaïsme.


La pauvreté se définit à partir des revenus financiers et en fonction notamment de l’âge, de la constitution de la famille, du nombre d’enfant dans le foyer, ou de l’activité. Or, si la pauvreté est l’une des conditions qui entrent dans le processus qui mène à l’exclusion, celle-ci ne saurait, ni de doit, être assimilée ou confondue avec l’exclusion elle-même.


En effet, il existe parmi nous des familles qui vivent modestement, sous le seuil de pauvreté et qui, malgré leurs difficultés financières évidentes, participent à la vie de leur communauté et en constituent parfois même des piliers. La raison en est que la pauvreté n’est pas nécessairement synonyme de rupture du lien social ou communautaire. En revanche,  l’isolement vis-à-vis des siens, la distance par rapport à sa famille, l’éloignement de sa communauté d’origine où se tissent traditionnellement des liens forts de solidarité conduisent à une forme d’exclusion qui, si elle s’ajoute à une vie en marge de la société aboutira indéniablement à un appauvrissement spirituel sinon matériel.


Or, si l’on comprend que l’exclusion n’est pas un état mais un processus, on comprendra pourquoi il est primordial de lutter dès le début contre l’engrenage qui le produit. Si l’on saisit également pourquoi l’isolement et la solitude constituent des pertes de repères pouvant conduire à des pertes de valeurs, on admettra ainsi l’urgence à tout mettre en œuvre pour ramener vers nous ceux qui ont perdu le chemin qui mène aux leurs dans une relation de proximité, de confiance et de solidarité.


Le don est l’un des secrets de notre solidarité communautaire qui rassemble la grande famille des juifs. Le don de soi, le partage de ses biens et de ses valeurs est un engagement qui témoigne que les liens qui nous retiennent ensemble ne sont pas distendus et qu’ils donnent sens à nos actions, en même temps que réalité à nos enseignements.


Mais il existe plus que le don, plus que d’intervenir aux côtés de ceux dont la situation matérielle ou spirituelle réclame notre action ou notre secours. C’est ce que révélait le sourire qui illuminait le visage du Grand Rabbin de Paris et qui s’appelle la bonté, autrement dit le Hessed, le cœur de faire plus que ce qui est demandé ou requis. La spontanéité d’un vrai sourire qui abolit la distance, rompt l’isolement, brise les retenues et efface toute gêne est une force capable sans un mot de retisser le lien perdu.


A l’image du Grand Rabbin de Paris, dont l’amour de la communauté égalait celui de la Torah, sachons nous aussi refuser l’exclusion.