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Hommage à Claude Lanzmann, par Joël Mergui


Claude Lanzmann nous a quitté et c’est une parole de témoignage sans sa voix désormais, qui vient de nous être transmise avec la responsabilité de la transmettre à notre tour. Sa façon unique de conter l’horreur de la Shoah et du nazisme, au travers des mots des témoins et des images banales d’un quotidien de gens presque ordinaires, a installé leurs témoignages dans l’histoire.


Son film « Shoah » a créé un précédent dans le récit, l’approche et la mémoire d’un génocide unique dans l’histoire. S’il a bouleversé l’analyse de cette tragédie en lui donnant un nom et figures humaines, il a aussi fait entrer dans le vocabulaire courant l’indéfinissable mot « Shoah » et permit à tous d’en saisir la singularité, la vérité autant que la réalité. L’univers du cinéma est à jamais marqué par cette œuvre grave et profonde qui lui donne ses lettres de noblesse en donnant la parole à ceux dont les actes et le témoignage marquent désormais l’Histoire.


L’homme, il est vrai, n’a rien d’ordinaire. Sa vie et son œuvre sont fait de combats engagés. Non pas d’atermoiements tièdes, ni de ces indignations de salons qui font le bonheur de ceux qui ont toujours vécus confortablement protégés par leurs certitudes égoïstes. Claude Lanzmann avait connu la guerre, la traque, le combat, le maquis, l’injustice et la mort. Il avait vu partir les siens sans les voir jamais revenir et c’est le résistant qui faisait de lui l’homme révolté qu’il fut, sa vie durant.


Né dans un milieu juif athée, c’est le cours de l’histoire, les antisémites et les indifférents qui lui renvoient sa judéité dans une différenciation mortelle. Pourtant ce juif laïc, qui avait son franc-parler et sa pensée libre, n’avait pas honte ni déshonneur à venir dans nos synagogues, invité aux événements du Consistoire, ni à soutenir nos projets d’avenir, car il savait tout le prix de la vie, de la transmission et aimait Israël comme peuple, comme terre autant qu’État juif.


Puisse l’exemple de son œuvre et de sa vie nous nourrir pour continuer d’abreuver le judaïsme, de lutter contre le révisionnisme, l’indifférence coupable, l’antisionisme et l’antisémitisme qui sont autant de fléaux qui - parce qu’ils touchent une petite minorité plusieurs fois millénaires -, conduisent finalement toujours à saper les bases du monde qui les a engendrés.