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Faire face à la tempête ou du bon usage de l'Arche de Noé, par Joël Mergui

Nul doute que le 3ème Séminaire des dirigeants communautaires organisé par le Consistoire du 7 au 9 février à Coudray fera date dans les annales de notre institution. Il a en effet été le théâtre de deux évènements majeurs et inédits :


- Une séance d’échange et d’intense débat entre présidents de communautés et de consistoires venus de toute la France, réunis sur le thème « quelles priorités pour la gouvernance communautaire d’aujourd’hui ? »


- La présentation des résultats de la grande « Enquête nationale sur les communautés juives de France et la gouvernance associative », commanditée par le Consistoire et ses partenaires institutionnels (FSJU, FMS, JOINT, CCJ),  par les Professeurs Erik Cohen et Shmuel Trigano. Le taux de réponses, exceptionnellement élevé au questionnaire diffusé dans le cadre de cette étude, permet aujourd’hui de connaître avec précision les positionnements, sociologiques et idéologiques de l’ensemble des dirigeants des communautés juives et de dresser un tableau représentatif de la situation par l’ensemble des acteurs communautaires et institutionnels concernés.


Il est notable de constater que nos responsables communautaires, toutes obédiences confondues, ont pleinement pris conscience des mutations récentes de la société française, en général, et de la communauté juive en particulier : la résurgence d’un sentiment antisémite et d’une haine antisioniste dans de larges franges de la population, la montée en puissance de l’islam radical, la remise en cause de notre liberté de culte sous l’effet des changements démographiques et des offensives d’une conception restrictive et « non-intelligente » de la laïcité…


Ces phénomènes ont conduit au mal-être généralisé des Juifs de France qui s’exprime aujourd’hui. Quelle pourrait être l’explication alternative aux déplacements massifs de population - intra-territoriaux, qui redessinent les cartes modélisant la présence juive sur le territoire national mais aussi et surtout ce mouvement d’aliya sans précédent - qui conduisent au dépeuplement des communautés provinciales et au départ vers Israël des Juifs les plus engagés et les plus militants ?


Si le constat est sévère, il est désormais indispensable et urgent d’agir. Ne pas renoncer. Surtout pas.


Dirigeants communautaires, nous avons charge d’âme et devons, vent debout, nous astreindre à résoudre les problèmes. L’amorce d’un déclin de la population juive française doit nous inciter à redoubler d’imagination et d’initiative pour resserrer les rangs, renforcer et rapprocher nos structures, anticiper et gérer les besoins de la majorité des Juifs qui, sauf accident de l’Histoire, résidera toujours en France. Il nous faudra également répondre aux défis d’une aliya massive qui demande à être accompagnée voire encadrée, tandis que les Olim de France occupent désormais une place remarquable et remarquée en Israël.


Toutefois, l’alyah ne consiste pas seulement à déménager à Sion, pour réaliser ce rêve millénaire qui nous lie indéfectiblement à la terre d’Israël. « Monter » c’est avant tout s’élever sur le plan identitaire, éducatif, moral et spirituel.


Pour se faire, la tâche qui nous incombe en France est immense. Des dizaines de milliers de Juifs souhaitent bénéficier d’une nourriture cacher de qualité, accéder à l’étude, aux lieux de culte et aux programmes de culture juive, ou que leurs enfants trouvent place dans les Talmudé Torah ou les écoles juives. Il revient également aux responsables communautaires d’ouvrir grand les portes et d’accueillir au sein des communautés les Juifs qui s’en sont éloignés. Si nous ne leur prêtons pas l’attention qu’ils méritent, ils quitteront bientôt le navire qui les a portés depuis des millénaires - eux et leurs aïeux - sur l’océan magnifique de la Tradition juive.


Si nous avons réussi à sensibiliser les pouvoirs publics aux dangers de l’antisémitisme et  à son corolaire,  l’antisionisme, la haine d’Israël,  il nous reste à convaincre les relais d’opinion.


Depuis les tragédies de Montauban et Toulouse, la parole s’est libérée et la menace est claire: l’islamisme radical. Notre combat contre ce fléau est aujourd’hui devenu celui de la République, de nos gouvernants, de nos élites. Tous reconnaissent que cette menace ne met pas seulement en danger la petite minorité que constituent les Juifs de France, mais affecte la société tout entière dans ses fondements et menace son avenir.


Si nous devons rester en alerte, il ne faut toutefois pas être alarmiste. Le judaïsme français est particulièrement dynamique et la vie juive en France ne cesse de se développer. Notre responsabilité quant à sa pérennité est incommensurable. Il nous faut  plus que jamais veiller à ce que la Tradition juive se transmette d’une génération à l’autre. Il nous faut identifier et former des jeunes qui un jour, dirigeront nos instances. L’élection de deux très jeunes administrateurs au Consistoire de Paris en novembre dernier en est le parfait exemple. Elle est une marque d’espoir, mais demeure un geste insuffisant.


A l’instar de l’Arche de Noé, soyons prêts à affronter toutes les tempêtes. Resserrons les rangs, rapprochons et renforçons nos institutions, œuvrons, dans l’unité, à l’affirmation sans concession de notre identité.


Agissons pour que chaque juif pénètre dans l’Arche - sous l’emblème d’un judaïsme en harmonie avec les valeurs citoyennes et celles du peuple d’Israël  - que chacun puisse y trouver sa place et qu’aucun ne manque à l’appel !