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TORAH & MITSVOT Chiour |
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Réflexion sur le Kol Nidré par le Rabbin Philippe HaddadCe texte inaugural, chanté sur un ton vibrant et pathétique, n'est pas à proprement parler une prière au sens d'une louange ou d'une sollicitation à l'Eternel, mais une formulation d'annulation " des vux et serments prononcés par erreur, par imprudence ou exaltation irréfléchie"(Introduction à la traduction française de Créange Ed. Durlacher) que chacun aurait pu prononcer dans l'année écoulée et ne pas tenir.
ASPECT HISTORIQUEKol nidré n'est pas une prière au
sens de louange ou demande à l'Eternel, mais une proclamation d'annulation
des vux qui auraient pu être proférés durant
l'année et non tenus.
A l'époque des Guéonim, la période considérée pour l'annulation des vux était : " Depuis le Kippour passé jusqu'à ce Kippour-ci ". Les Tossafistes rejetèrent la formule pour la suivante : " Depuis ce Kippour-ci jusqu'au Kippour à venir."
En 1240, une disputation tristement célèbre
opposa un juif converti au christianisme Nicolas Donin et le tossafiste
rabbi Yéhiel de Paris. Parmi l'argumentaire de Donin, se trouvait
l'accusation que " les juifs n'ont pas de parole, la preuve, ils
annulent leurs vux, en particulier par le Kol nidré.
". Rabbi Yéhiel répondit qu'il ne s'agissait pas de
trahir un engagement prêté en justice ou d'annuler une dette,
mais uniquement de reconsidérer un engagement religieux. En 1860, pour parer à ce même argument antisémite,
les rabbins exigèrent que l'on imprime dans le mahzor que le Kol
nidré n'annulait point ses devoirs citoyens ni les serments
prêtés devant les tribunaux civils. LE SENSAbordons à présent l'aspect plus philosophique de la question des vux et de la parole en général. Et demandons-nous pourquoi un tel cérémoniel et pourquoi de telles discussions d'écoles ? Ne pourrait-on pas appliquer un de ces bons vieux proverbes populaires qui, à défaut d'enfermer toute la sagesse du monde, sont souvent plein de bon sens ? " Les paroles s'envolent, seuls les écrits restent. " Au nom de l'unité« Au nom de l'assemblée céleste et au nom de l'assemblée terrestre, nous autorisons la prière avec les transgresseurs. » C'est par cette proclamation qu'est inauguré le Kol
Nidré. Curieuse formule qui appelle un commentaire. Historiquement tout d'abord, ce texte fut établi au moment
de l'Inquisition espagnole quand certaines familles juives se convertissaient
au christianisme pour ne pas finir dans un cachot ou sur un bûcher. Les
marannes pratiquaient en fait le judaïsme secrètement, et se joignaient,
quand ils le pouvaient, à la communauté officielle le jour de Kippour.
La récitation du « Au nom de l'assemblée » s'inscrivait alors dans un
geste de compassion vis-à-vis de ceux qui avaient changé de culte, mais
qui avaient gardé leur foi intègre dans la religion de leur père. Aujourd'hui, cette proclamation prend un sens original,
à travers la querelle "laïcs - religieux" dont fait écho régulièrement
la presse israélienne. Autant les religieux accusent les laïcs de trahison,
autant les laïcs accusent les religieux d'intolérance. En associant le Tribunal divin au Tribunal des hommes,
notre formule signifie que par delà les incompréhensions, le peuple d'Israël
reste un. C'est le mérite de Kippour de rappeler aux uns et aux autres
cette vérité trop souvent oubliée. Effacer la parole ?Si ce dicton traduit une réalité psychologique, son contenu n'est pas biblique ! Ou, pour le dire autrement, tout le but de la Torah concernant notre sujet est de lutter contre l'amnésie et la paresse inhérente à toute conduite humaine. En effet, nous lisons : "Il ne profanera pas sa parole, tout ce qui sortira de sa bouche il l'accomplira." (Nombres bamidbar XXX,3)
Parole, texture du mondeCe rapport à la parole découle de la foi monothéiste. L'Hébreu sait en effet que le monde fut créé par le logos divin (abracadabra : Il créa en parlant.) Les maîtres de la liturgie, voulant éduquer les fidèles, placèrent au cours de l'office du matin, le très beau texte intitulé baroukh chéamar véaya aolam, " Béni Celui qui parla et le monde fut. ". La Synagogue, à l'instar du Grand Sanctuaire de Jérusalem (reconstruit soit-il prochainement), n'est-elle pas justement selon le propos d'Isaïe (Isaïe LVI,7)" Maison de prière, et non de sacrifices, pour tous les peuples de la terre ? " Aussi, c'est avec joie et avec de " bonnes paroles " que nous devrions accueillir ces enfants des nations qui avec timidité osent franchir le seuil de notre lieu de prière pour communier avec le Dieu d'Israël, Père de l'humanité tout entière. Mais combien devrions-nous nous lamenter quand la médisance voire la querelle (Que l'Eternel nous en garde) rongent les mailles du tissu communautaire. Des mots aux mauxSaviez-vous qu'à l'époque biblique, la médisance
pouvait provoquer des séquelles corporelles ? Aujourd'hui elles
provoquent des angoisses et parfois l'absorption d'antidépresseurs
L'homme, le parlantCe souffle divin, à l'origine de
toute existence, fut introduit dans les narines d'Adam et anime depuis,
le discours de chaque être humain. Pour Israël, les Dix Commandements sont d'abord les Dix Paroles, et presque chaque mitsva est précédée de la formule : " Et l'Eternel parla à Moïse pour dire (pour transmettre) ". Et bien que la Torah soit écrite, elle ne prend son sens que par " la Torah qui est sur la bouche ", torah chébéal pé, la tradition orale. Tout se passe comme si l'écrit n'était que
le tremplin de l'oralité, qui une fois rédigée s'ouvrait
à de nouvelles paroles, comme les étincelles jaillissant
d'un fer rouge battu sur l'enclume (Jérémie XXIII, 29 et
Chabbat 88b). Au fond, le grand conflit avec les Saducéens,
qui refusaient la tradition orale, portait sur ce point : L'homme, simple
mortel et pauvre pécheur, peut-il avoir une responsabilité
dans la perpétuation de la Parole divine ? La réponse audacieuse
des Pharisiens fut : " oui, et plutôt deux fois qu'une ! "
(Cf. Psaume LXII,12) Parole de sainteté Reprenons l'expression du verset : " Il ne profanera
pas sa parole " Le verbe 'halol " profaner " signifie
que la valeur d'un élément sanctifié a été
diminuée, ce qui devait servir au service divin a été
descendu au rang de service humain. Ainsi, on parle de la profanation
du Chabbat ou de la profanation des objets du Temple, eh bien ne pas tenir
sa parole est du même ordre. Tout se passe comme si un engagement
verbal était une sanctification de la parole, une élévation.
Et la sainteté est à portée de
bouche. Avant de conclure, nous nous permettrons cette petite suite midrashique
: Géonim : (Singulier Gaon), Maîtres des écoles babyloniennes après la clôture du Talmud, qui vécurent entre le VIIe et le Xe siècle. Retour au texte Tossafistes (ou tossefoth) : littéralement "ajouteurs", petits-fils ou disciples de Rachi, école du nord de la France XIIe et XIIIe siècles. Retour au texte Métsora :A l'époque antique, les personnes qui médisaient contre leur prochain pouvaient être frappées d'une plaie cutanée par décret divin. La traduction lèpre est fausse. Le cas le plus célèbre est celui de Myriam (Nombres XII). Retour au texte Visage à visage : On lira avec intérêt aux éditions de Minuit, d'Emmanuel Levinas Quatre leçons talmudiques "Envers autrui" et L'au-delà du verset "Le modèle de l'Occident". Cf. également François Lyotard dans La condition post-moderne p.12 Ed. de Minuit qui parle de" l'hégémonie de l'informatique". Retour au texte Lévitique XIX : Sefer hahinoukh, Livre de l'éducation, commandement 231. Retour au texte Aristotélicien : Rabbi Yehouda Halévy dans son sefer hakouzi Livre I. Retour au texte Créatures : C'est pourquoi rabbi Yéhouda Halévy place le prophète au sommet de l'échelle humaine, car il est le vrai porte-parole. Retour au texte Freud : Cf. Gérard Haddad L'enfant illégitime. Ed. Point hors ligne. Retour au texte Nahman de Braslaw : "Par le fait de se confesser à un homme juste, l'on peut reconstruire le passé et détruire les mauvaises constructions intérieures" Likoutey Moharan IV,VIII. Cf. Marc Alain Ouaknin Bibliothérapie. Ed. Seuil qui joue sur thérapie et troufat pé (guérion par la bouche). Retour au texte |
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