Paracha de la semaine

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Paracha de la semaine

Paracha Vayé’hi par Ilan Attal*



A votre avis, le plus dur à obtenir dans la vie : La Parnassa ou la délivrance ?

 

Au moment de bénir son fils Yossef avant sa disparition, Yaacov formula sa bénédiction en deux versets juxtaposés : « D. qui a pourvu à mes besoins quotidiens…», pour conclure avec : « L’ange qui m’a délivré de tout mal ». (Béréchit 48 ; 15 et 16)

De ces versets, la Gmara dans Péssahim 118a nous enseigne la chose suivante : La subsistance d’un homme est beaucoup plus difficile à obtenir, car à propos de la délivrance, un ange suffit, tandis que pour la subsistance, c’est D. Lui-même qui intervient. L’ange ne suffirait pas pour l’obtenir.

 

Comment expliquer cet enseignement surprenant de la Gmara ?

 

La réponse est la suivante : l’ange ne peut s’occuper que de la délivrance qui est spirituelle, car les anges sont entièrement spirituels. De ce fait, ils n’ont pas la possibilité de comprendre le côté matériel, c'est-à-dire qu’ils ne comprennent pas les besoins quotidiens de l’homme. Et donc ils ne peuvent se préoccuper de leurs besoins. C’est pourquoi, tout ce qui découle du domaine spirituel, comme la délivrance, les anges peuvent s’en charger.

Et lorsque Yaacov remercie D. de lui avoir assuré sa subsistance, il ne remercie pas les anges. Le ‘Hidouch, c’est que même si D. est au-dessus des anges, et Il est aussi entièrement spirituel, Lui seul comprend et ressent les besoins matériels d’un homme. C’est la raison pour laquelle la subsistance a un niveau supérieur à la délivrance, puisqu’elle ne peut être assurée que par D. Lui-même.

 

A propos de la Parnassa, la Gmara nous dit que l’acquisition de la Parnassa est aussi dure que la réalisation du miracle de la mer rouge. On peut se demander : Pourquoi la subsistance est-elle si difficile à obtenir ? Et quel rapport entre la Parnassa et l’ouverture de la Mer Rouge ?

 

Il faut savoir que lorsque les Bné Israël étaient face à la Mer rouge, un ange accusateur est venu devant D. pour lui dire : ‘’Pourquoi veux-tu ouvrir la Mer aux Bné Israël ? Quels mérites ont-ils pour que les lois de la nature leur soient modifiées ? Pourtant, même si les Égyptiens sont des idolâtres, les Bné Israël le sont aussi, en ce moment ! Alors quel est leur mérite ?’’

 

Cet argumentaire a posé problème à D., qui dut trouver une bonne raison pour ouvrir la Mer aux Bné Israël plus qu’aux Egyptiens. C'est-à-dire que ce n’est pas l’ouverture de la Mer rouge en soi qui fut difficile à faire, puisqu’en un claquage de doigt, D. peut tout faire. Le plus dur, c’était de trouver un mérite qui permettrait de changer les lois de la nature pour les Bné Israël.

 

Il en est de même pour la Parnassa. En effet, la Parnassa dépend des actions de l’homme dans ce monde. Le problème, c’est que nous sommes des êtres humains, donc vulnérables. Comme il est dit dans Kohélete : « Il n’existe pas d’homme qui soit Tsadik et qui n’ait pas fauté ». Dans Béréchit, il est dit aussi que l’homme, depuis toujours, est influencé par son Yétser Hara. C’est pour cela que D. à besoin, si l’on peut dire, d’une force supplémentaire pour lutter contre les anges accusateurs, pour trouver des mérites à l’homme qui lui permettrait d’avoir sa subsistance. Car parfois, l’homme n’est pas méritant, et pourtant, D. doit user d’une grande miséricorde pour la lui accorder tout de même, au même titre que l’ouverture de la Mer Rouge.

De plus, l’ange a été créé pour exécuter les ordres de D. selon la stricte justice, la Loi qu’Il a instituée. C’est pourquoi nos Sages nous disent que la Parnassa est l’une des choses dont D. a gardé les clés, et Il ne les confie à aucun ange.

La délivrance, par contre, est une finalité prévue dans la marche du monde dès le début de la Création et qui doit nécessairement arriver, même si nous n’en sommes pas dignes. Comme il est dit dans Daniel : « Bé’itah A’hichéna ». Dans ces conditions, D. pourra charger un ange de faire advenir la délivrance, puisqu’en dernier recours, la délivrance est un phénomène inéluctable et indépendant de nos mérites.

 

Soyons conscients de la magnanimité de D. qui nourrit toutes ses créatures, même si elles n’en sont pas dignes, et souhaitons, par notre repentir, voir des miracles aussi grands que celui de la Mer Rouge qui soient annonciateurs de la délivrance.


* Elève rabbin du S.I.F.